Le cœur régulier, d’Olivier Adam.

Par Véronique Poirson, blog les 8 plumes, l’Express.fr

Comme un autre versant d’une éternelle même histoire, le deuil, le suicide, l’étouffement familial sont les territoires toujours et encore explorés par Olivier Adam dans son dernier roman.

Sarah avait tout pour être heureuse, mari, enfants, belle situation, mais se retrouve confrontée à la vacuité de son existence à la mort de son frère. Persuadée qu’il s’agit d’un suicide, elle va partir en quête de lui, sera en quête d’elle-même.

Nous allons la suivre, entre un Japon gris d’arrière-saison, qui semble se résumer alors à un paysage désolé de falaises, et Paris où elle vit.

Ce frère, un écorché vif, inapte à vivre? Trop sensible, trop assoiffé d’extrêmes? Il fuyait devant sa vie : alcool et fureur, et elle se noyait dans une vie terne, sans espoir où elle s’annihilait. Mais comme dans ces inquiétantes légendes où un fœtus vampirise son jumeau dans l’utérus maternel, Nathan aurait-il empêché Sarah de vivre : Sarah blottie contre lui en réaction à la froideur des parents, du monde, mais responsable de lui, jusqu’à être aspirée par ses angoisses ?

On pense à Camus qui écrit dans Le mythe de Sisyphe : « Mais il faudrait savoir si le jour même un ami du désespéré ne lui a pas parlé sur un ton indifférent. Celui-là est le coupable. Car cela peut suffire à précipiter toutes les rancœurs et toutes les lassitudes encore en suspension ».

La narratrice veut comprendre, en proie à une culpabilité de plus en plus prégnante. Empêtrée dans sa terne vie subie, elle n’avait pas vu, n’avait pas voulu, aurait pu… Oui, mais ce n’est pas ce que l’on croyait, lourds de culpabilité nous aussi par empathie.

Et pendant qu’elle fait ce voyage douloureux à l’envers, son mari la quitte, sa fille dérive, commence à se noyer sans que Sarah en ait conscience.

Olivier Adam nous dit ces gâchis avec une telle tendresse pour ses personnages, tout en retenue délicate, que ce qui pourrait être complaisance se pare d’une générosité bienveillante pour ceux qui n’ont pas les clés innées du bonheur.

Ma note 15/20.

 

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