Le Guilloux mis à nu par son coach

Entreprendre un coaching personnalisé, c’est un peu comme se lancer dans une thérapie : on apprend beaucoup -trop ? -sur soi-même.

« J’accepte à une seule condition : que toute cette affaire reste strictement confidentielle. Si ça sort, j’arrête tout », lâche Le Guilloux à Martine Vlaminck-Moretti, la DRH. En cause : une proposition de coaching que le directeur des ventes vit comme un affront personnel. « Donner du sens aux collaborateurs », explique Martine. « Du sens, j’en donne chaque mois sur la fiche de paie », pense-t-il très fort, en référence aux bonus qu’il distribue à ses commerciaux. « Insuffler la dynamique du changement », poursuit Martine. « Bidon, rétorque-t-il in petto. Vous imaginez un coach qui veut insuffler la mollesse du conservatisme ? » Et puis, Le Guilloux a du mal à accepter l’emploi du mot changement. Dans son esprit, changement = ça ne va pas dans mon service = je fais mal mon job = mais qui elle est, celle-là, pour me donner des leçons ?

Le Guilloux entoure sa relation avec le coach d’un cordon sanitaire particulièrement hermétique. Fait rarissime, il inscrit lui-même ses séances dans son agenda électronique (« rdv avec VP/à son domicile/16 h 00-18 h 00 ») de telle sorte que son assistante croit à une liaison extraconjugale, bien en ligne avec son statut de chef de meute.

Arrive la première séance consacrée à un questionnaire de personnalité. Après avoir défini précisément le cadre de leur travail (« Je ne suis pas votre psy et encore moins votre nounou »), le coach donne une heure à Le Guilloux pour remplir un questionnaire de personnalité, où pour chaque personnage choisi, il doit rédiger un court argumentaire.

Héros de votre jeunesse : Tom Cruise dans Top Gun.

Animal favori : le lion.

Musicien favori : Angus Young, le guitariste en short du groupe AC/DC.

Héros de cinéma : l’inspecteur Harry.

Patrons préférés : Enzo Ferrari, Bernard Tapie.

Héros de la littérature : Harry Potter… après avoir hésité avec Bob l’éponge. Mais son super-héros favori ne lui semble pas précisément relever de la littérature.

Hommes/dirigeants politiques : Napoléon, Vladimir Poutine, Bernard Laporte.

Héros de fiction : Joséphine, incarnée par Mimi Mathy.

« Voilà ce que vos héros disent de vous, dit le coach, après avoir lu les réponses. Résumons : ‘J’aime les 357 magnum, les dictateurs à poigne, les animaux dominants, les bolides et la musique qui fait beaucoup de bruit. Mais au fond, je reste cet enfant fantasque en culottes courtes qui rêve de voler, d’où ma forte empathie pour les personnes de petite taille. Je suis aussi très nostalgique des années 80’. »

Waouh ! A l’écoute de son portrait, Le Guilloux, s’enfonce dans son fauteuil. « Cela vous paraît-il conforme à ce que vous êtes ? » demande le coach. « Oui », répond Le Guilloux dont la voix a perdu en basses et gagné en timidité.

« Ecoutez, je vous sens bouleversé, reprend le coach. Je vous propose que nous arrêtions là pour aujourd’hui. La prochaine fois, nous travaillerons sur le thème suivant : mes collaborateurs me perçoivent-ils comme je suis vraiment ? »

Extrait des échos magazine

ERIC VILLEMIN

 

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