Le ministère de l’impondérable

Extrait du Monde Sport & Forme du 17 mai 2012

Par François Bégaudeau.

Si Montpellier est sacré champion de France ce week-end, ce ne sera qu’un sursis avant que nous tirions nos années de réclusion. De réclusion dans l’attendu. « Du PSG, on va en bouffer pendant sept ans », a dit dans ces colonnes le président Nicollin, hélas aussi digne de foi en l’occurrence que lorsqu’il promet une« branlette espagnole » pour fêter le titre.

L’avenir proche de la Ligue 1 est désespérément prévisible. Carburant au pétrole, le PSG sera champion plusieurs fois et donc systématiquement qualifié pour la Champions League qu’il finira par remporter le 23 mai 2018. Ce jour-là, les rues de Paris seront pleines de klaxons. Les supporteurs auront ce qu’ils savaient qu’ils auraient.

L’argent, dans le sport comme ailleurs, c’est le parti de l’ordre : il sécurise les compétitions, assure qu’elles se déroulent dans le respect des hiérarchies établies par… l’argent. En achetant les meilleurs joueurs ou l’arbitre, les écuries les plus riches s’emploient à abolir la glorieuse incertitude qui, dit-on, appartient à l’essence du sport. En somme, ils le dénaturent.

Généralisation de la terre battue bleue à tous les sports

Puisqu’il est resté sourd à notre suggestion (voir la chronique du 27 avril) de supprimer le ministère des sports, le pouvoir de gauche, a priori du côté des plus faibles, pourrait au moins le requalifier en ministère de la promotion de l’impondérable, dont le projet, applicable sine die, tient en quelques points :

– Inscription dans la Constitution, par réunion du Parlement, de l’interdiction de l’arbitrage vidéo. L’erreur d’arbitrage est parfois la chance du petit – c’est bien pourquoi le gros est un si constant militant de la vidéo.

– Dans le même esprit, suppression des formations d’arbitres au profit du recrutement par tirage au sort, une statistique providentielle assurant qu’un désigné sur dix est alcoolique.

– Réduction des effectifs à deux fois le nécessaire pour composer une équipe (foot : 22, hand : 14, etc.). Ainsi les blessures, que les bancs milliardaires parviennent à pallier par des effectifs pléthoriques, redeviendront des impondérables vraiment fâcheux.

– Interdiction des terrains couverts ou synthétiques, la météo étant parfois la meilleure amie du pauvre. Un terrain boueux et impraticable, quelle meilleure façon d’embêter une équipe pétrolière ?

– Considérant la réjouissante hécatombe qu’elle a provoquée chez les meilleurs au tournoi de Madrid, généralisons la terre battue bleue à tous les sports. Les nageurs réfractaires à plonger dans la terre battue bleue seront invités à mettre fin à leur carrière.

– Suppression des postes de techniciens. Un cycliste favori crève ou déraille au 3ekilomètre ? La course est terminée pour lui. Dix favoris crèvent ou déraillent ? Kévin Bernot, de l’équipe Minitel, a une chance de remporter Paris-Roubaix. Qu’on ne s’inquiète pas pour les personnels acculés au chômage technique : il leur sera immédiatement offert un diplôme d’arbitre dans un sport de leur choix, en corollaire de notre mesure no 2. On voit que notre politique de l’impondérable est cohérente, pensée, systémique. Il ne tient qu’à toi, François.

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