Le monde d’…Agnès Varda

Agnès Varda,  l'aventure, ce n'est pas une question de distance

Extrait de Géo Magazine, mars 2012, propos recueillis par Faustine Prévot.

Née en Belgique, la cinéaste Agnès Varda a grandi à Sète avant de « monter » à Paris. Avec son mari, le réalisateur Jacques Demy, elle s »est aussi envolée pour les Etats-Unis. Cellle qui se définit comme sans racines précises retrace ses pérégrinations des deux dernières années dans la série documentaire  » Agnès de-ci-de-là Varda », sortie en DVD.

Dans cette série, le moteur de vos voyages semble être l’art?

C’est vrai que j’ai plutôt choisi d’aller dans les musées et de rendre visite aux artistes contemporains. Mais j’ai le sens du voyage: je ne cours pas de centre d’art en centre d’art. A l’étranger, j’aime discuter avec les gens de la rue. quand je débarque dans une ville, je file tout de suite au marché. au Mexique, par exemple, je voulais m’arrêter à celui de Tlulpan pour rencontrer une vendeuse connue pour son « mole », une poudre pour les sauces.

A quel moment ce goût des départs vous est-il venu?

J’ai commencé à vivre seule vers 18 ans. Quand enfin j’ai eu une voiture, j’ai voulu faire mon premier voyage vers Chartres pour voir les vitraux de la cathédrale. J’avais un trac fou au volant de ma vieille 4 CV, et j’ai mis trois heures pour y parvenir! L’aventure, ce n’est pas forcément une question de distance.

Quel souvenir marquant gardez-vous de vos périples?

En 1957, j’ai été invité en Chine en qualité de photographe; Les visites se déroulaient sous la houlette d’un interprète, mais je m’éclipsais souvent pour prendre des images. Si je traversais un village seul, les gosses riaient en montrant mon nez, comme si j’étais Pinocchio, certains n’avaient jamais vu d’Européens. C’étais un autre monde.

Les plages ont marqué votre vie. Que vous inspirent-elles?

Elles sont au cœur des paysages que j’ai aimé et des lieux que j’ai aimés et des lieux que j’ai habités: Knokke-le-Zoute, Sète, Noirmoutier… Ce qui me fascine le plus, c’est la mer calme. Je suis toujours émue, quand je regarde l’eau rejoindre imperceptiblement la terre. La plage symbolise pour moi ce moment de raccord, ce passage d’un mondeà l’autre: du mouillé au sec.

Vous avez séjourné à deux reprises à Los Angeles. Pourquoi vous a-telle attirée?

c’est un ville de voyage. Sur Pico Boulevard, par exemple, vous pouvez partir de « Downtown » et rejoindre l’océan Pacifique. Vous verrez défiler des architectures et des milieux sociaux contrastés: East LA, le quartier chicano; Holywood et ses studios; Santa Monica et ses villas de stars… Là-bas, faire du tourisme, c’est aussi faire de la sociologie.

Mais finalement, vous rentrez au port: rue Daguerre, à Paris…

C’est ma base de rêverie et de travail depuis cinquante ans. De part et d’autre de la rue, il y a la maison, la société de production, la salle de montage et mon atelier d’artiste. Lors d’un tournage, en août 2008, on a fait déverser du sable pour créer une « Daguerre plage ». Je crois beaucoup aux voyages immobiles.

Quizz Valise

Jamais sans?

Un appareil photo ou caméra. Un mini-Leica ou une mini-Sony.

I speak very well?

L’anglais et l’espagnol. Le reste, on bricole.

Retour à?

Une virée à Los Angeles.

Week-end à?

Metz, pour découvrir le nouveau Centre Pompidou.

Une île?

Noirmoutier. Jacques Demy y campait, adolescent. Il m’a montré son île. On s’y est plu et on s’y est installés.

Plage ou musée?

Les deux.

A380 ou Orient-Express?

Le train. J’aime ce qui sépare mon point de départ et mon point d’arrivée: la durée, les espaces traversés.

Un livre de voyage?

Autrefois, les Guides bleus. Aujourd’hui, rien du tout. Je fais confiance aux rencontres pour m’aiguiller.

 

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