Le Monde de …Jean d’Ormesson

Extrait de Geo Magazine, propos recueillis par Sophie Janvier.

S’il voyage, c’est pour rencontrer l’histoire et tous les savoirs. Et pour vérifier combien « C’est une chose étrange à la fin que le monde », titre d’un de ses ouvrages (Robert Laffont). « L’univers est un roman fabuleux », s’enthousiasme Jean d’Ormesson.

Où avez-vous eu l’idée de votre dernier essai?

sur la côte turque, en face de Symi, une île grecque dont je suis un adorateur. Le soleil tapait fort, je me remémorais les cités antiques qui s’étaient installées dans la région: Priènes, Milet, Didymes. Je pensais à Alexandre Le Grand, à Cléopâtre, passés ici, et je me disais: « D’où venons-nous? Que faisons-nous sur cette Terre? » Ces questions traversaient mon esprit dans un mélange d’angoisse et d’allégresse. Je n’ai pas de lien familial avec la Méditerranée, mais je m’y sens connecté à l’essentiel. C’est le berceau de la philosophie, de la science, c’est là qu’est née notre culture occidentale.

Symi, c’est le lieu que vous préférez sur la planète?

Oui, j’y suis allé au moins quinze fois. Mais je raffole aussi des baies turques de Fethiye et Kekova, si belles, et de l’Italie: les Pouilles, la côte amalfitaine, la Sicile… Je connais tous les bistrots entre Florence et Rome.

Mais c’est à Neuilly-sur-Seine, près de Paris, que vous habitez…

C’est plus pratique pour donner des interviews! Je vis aussi beaucoup en Corse, l’endroit le plus proche où on trouve tout ce que je viens de vous décrire.

A quel âge avez-vous commencé à voyager?

A trois semaines, direction l’Allemagne. J’y suis resté jusqu’à mes 8 ans, car mon père était diplomate. Ensuite, j’ai habité en Roumanie. J’ai appris à skier dans les Carpates, découvert les admirables couvents de Voronetz et Sucevita, décorés de fresques. Puis, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, mon père a été nommé ambassadeur de France au Brésil. Je me souviens du carnaval de Rio, de la plage d’Ipanema, alors vierge de constructions, et de la plaisanterie qui faisait rire à l’époque: « Le Brésil avait un très grand avenir, il a un très grand avenir, il aura un très grand avenir. » Finalement, ce rêve qu’on croyait impossible est devenu réalité.

Adulte, qu’est-ce qui a déterminé vos pérégrinations?

Les noms des lieux. Certains me rendaient fou, il fallait que j’y aille! comme Peschawar, au Pakistan, Mamallapuram, en Inde, on encore Chichicastenango, au Guatemala…Je suis souvent parti sur un coup de tête. Le vendredi soir, avec l’écrivain Jean-François Deniau, on pouvait décider d’aller à Rome. On roulait toute la nuit, on voyait le jour se lever à Portofino et on déjeuner place Navone, à Rome. On ne restait pas plus de huit heures et on repartait.

Votre prochain grand voyage?

Le Laos et le Cambodge avec mon ami, l’historien Marc Fumaroli. J’ai déjà sillonné l’Inde à ses côtés. Le Rajasthan, c’est ce qu’il y de plus beau. La période des grands Moghols me fascine. Inde, Egypte, Syrie, Pérou…Les lieux qui réunissent paysage et culture, voilà ce qui m’attire.

 

QUIZZ VALISE:

Jamais sans…mon maillot de bain.

Jamais plus? Les grandes métropoles modernes.

I speak very well…l’allemand. Et je baragouine l’anglais et l’italien.

Week-end en amoureux? En Italie: à Capri, Taormina, Lecce.

Plage ou musée? Musée. L’Académie, à Venise, et surtout les Offices, à Florence.

Palace ou camping? Un petit hôtel très confortable, dans un bel endroit: ça existe!

Orient-Express ou A380? Orient-Express.

Un livre de voyage? Quatre. « L’Usage du monde », de Nicolas Bouvier, « Le temps des Ofrrandes », de Patrick Leigh Fermor, « Un petit tour dans l’Hindou Kouch », d’Eric Newby, et « Bagages enregistrés », d’Evelyn Waugh.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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