Le pistolet d’Hélène Fillières

Voilà vingt ans qu’elle promène sa silhouette élégante et mystérieuse dans le cinéma français, de Jacques Doillon à Louis Becker. Mais c’est la série Mafiosa, diffusée sur Canal + depuis 2006, qui a vraiment révélée Hélène Fillières au grand public. Elle y incarne le personnage principal, la chef d’un clan mafieux corse. Une histoire d’amour, son premier long-métrage en tant que réalisatrice, vient de sortir sur les écrans. Cette adaptation du roman Sévère de Régis Jauffret, inspiré de l’affaire Stern, est à son image : glaciale et puissante. Et ce n’est pas un hasard si son totem est une arme, même miniature..Ce n'est pas un hasard si son totem est une arme, même miniature... Marie Godfrain

Extrait de M le magazine du Monde, Propos recueillis par Marie Godfrain.

« J’ai ramassé ce petit pistolet en plastique il y a trois ans. C’est étrange car je ne suis plus très sûre de l’endroit où je l’ai trouvé… En sortant d’un avion, me semble t-il. Je me demande comment j’ai pu le voir avec sa taille minuscule et sa couleur grise. En tout cas, je l’ai immédiatement repéré, sans doute parce que j’aime les armes. J’ai une attirance de longue date pour les revolvers, c’est un objet de cinéma à la fois excitant et intime. Ce petit modèle est une arme de plus dans la collection dont je m’entoure involontairement depuis dix ans. Une règle en bois en forme de pistolet 6.35, une ombre de revolver en sticker et, plus récemment, un Glock du début du XXe siècle que je me suis offert chez un brocanteur.

J’aime le contact avec cet objet, beau, sensuel, érotique et agréable à prendre en main. Tout le contraire du couteau, dont la lame est tranchante et agressive. D’ailleurs, j’aime beaucoup l’idée que dans Une histoire d’amour, mon actrice manie une arme, car c’est un objet aux multiples significations dont chacun peut s’emparer. Pour autant, le tir ne m’a jamais intéressée. Même dans les films, je n’ai pas de plaisir à tirer car j’ai l’impression qu’il y a un code des vrais tireurs que je ne possède pas.Pour moi, l’arme comporte une dimension phallique évidente à l’image de ce modèle réduit caché au fond de mon portefeuille. Il me rassure. Je vérifie constamment qu’il est là et j’aime ce petit moment d’inquiétude pendant lequel je me demande si je l’ai égaré. Lorsque je le retrouve, je suis rassurée et je me dis alors que je n’ai pas perdu mon phallus « imaginaire », que j’ai toujours la force. Je me sens armée avec lui.

Ce moment où je redoute de l’avoir perdu questionne ma puissance, ma virilité et, en même temps, il traduit mon amour des hommes. Il est tellement important pour moi que dans mon film, je lui dédie 1 000 clins d’œil. »

 

 

Laisser un commentaire