Les 3 livres de voyage qui ont changé ma vie, par Guillaume Prébois

Par Guillaume Prébois,

Le livre est un outil de liberté. Il vous transporte, parfois il vous transforme. Ma vie a basculé après avoir lu « Tre Uomini in bicicletta », « Danube » et « L’Usage du monde ». Le premier m’a donné le goût de l’itinérance à vélo. Le deuxième a inspiré mon premier voyage à bicyclette. Le troisième m’a donné un aperçu de la puissance raffinée de l’écriture d’un voyageur, devenu un modèle.

 

1 – TRE UOMINI IN BICICLETTA

 

C’est un journaliste et écrivain-voyageur italien qui a changé ma vie. Il se nomme Paolo Rumiz, envoyé spécial du journal Repubblica. Baroudeur hors norme, profond connaisseur des équilibres instables des Balkans, sa plume est légère et invite au voyage comme peu d’autres. J’ai commencé à le suivre parce qu’il signait ses papiers de Trieste, une ville où habitait celle qui fut mon amour de jeunesse.

Son livre est la compilation de son reportage estival en 2001. Parti à vélo de Trieste (dernière ville italienne avant la Slovénie) avec deux amis, dont le célèbre dessinateur Altan, ils ont traversé Slovénie, Croatie, Serbie, Bulgarie, racontant avec détails et humour leur pérégrination. Ce fut un grand succès populaire. Dans mon esprit, une flamme venait de s’allumer; elle brille toujours: la narration d’un voyage à vélo.

Paolo a reçu le Prix Hemingway pour ses récits sur la guerre en Bosnie en 1993. Il a écrit de nombreux livres. En français vous trouvez l’excellent « Aux frontières de l’Europe » et « L’ombre d’Hannibal », récompensé par le Prix de l’essai de l’Express.

Nous sommes devenus amis. Il est une source constante d’inspiration pour moi.

 

2 – DANUBE

Claudio Magris est lui aussi originaire de Trieste (et vous comprenez encore pourquoi je m’y suis intéressé). Penseur, intellectuel et philosophe, ses textes sont empreints d’une force sentimentale et d’une réflexion sur la vie qui ne peuvent vous laisser insensibles. Son livre Danube, prix du meilleur livre étranger en 1990, est un roman-fleuve au sens propre, le récit fin et cultivé d’une descente au fil du fleuve d’Europe, le Danube, qui fourmille de références culturelles. Je l’ai feuilleté des centaines de fois, rêvant de pouvoir un jour apercevoir ce cours d’eau mythique.

En 2001, lors d’un voyage à Vienne, j’avais pris le métro uniquement pour apercevoir les rives du Danube qui coule légèrement en dehors de la ville. Impressionné par son allure majestueuse, je m’étais promis de le suivre de la source au delta, comme Claudio Magris. J’ai réalisé mon rêve à vélo, à la fin de l’été 2003. Ce fut mon premier livre: « Il mio Danubio », « Mon Danube », publié en Italie par Ediciclo. J’avais demandé une entrevue à Claudio Magris pour lui parler de mon ouvrage et le remercier d’avoir fait naître ce voyage dans mes pensées. Il m’avait gentiment reçu à la table où il écrit ses ouvrages au Caffè San Marco à Trieste. Un homme d’une amabilité profonde. Je n’oublierai jamais.

 

3 – L’Usage du monde

 

On entend souvent parler de Ryszard Kapuscinski, de Bruce Chatwin ou Pierre Loti et pour les contemporains de Sylvain Tesson ou Alexandre Poussin. Mais le plus grand de tous, à mon sens inégalable, est Nicolas Bouvier, écrivain et photographe suisse. Personne n’atteint sa perfection dans l’observation et la retranscription du dépaysement.

Dans l’Usage du Monde, défini « ouvrage-culte » par Lire, il vous emmène dans un périple en Fiat Topolino de Belgrade à l’Afghanistan réalisé entre 1953 et 1954; un itinéraire poussiéreux puis glacé, il grignote les « miettes » de la vie, évoque l’ouverture sur le monde. A lire ABSOLUMENT.

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