Les habits neufs de l’Italie post-Berlusconi

Les starlettes et le cachemire ont cédé la place aux profs et aux lodens. La conversion express de l’Italie est impressionnante. Mais peut-on vraiment troquer aussi vite le vice pour la vertu ?

Par Philippe Ridet. Extrait de M le Magazine du monde.

L ‘année 2011 tirait à sa fin. Encore quelques minutes et c’en serait fini de cette année qui avait vu Silvio Berlusconi chassé du pouvoir au terme d’une agonie politique qui a bien failli être celle du pays. Remercié par les marchés, snobé par ses pairs,  le Caïman  avait quitté la scène, cédant la place, le 16 novembre, à l’austère Mario Monti. Comme des millions d’Italiens, ce 31 décembre, nous étions devant notre téléviseur moins pour regarder le programme que pour mettre nos montres à l’heure. A l’écran, les traditionnelles danseuses se déhanchaient, filmées à hauteur de cuisse. Le spectacle de la vulgarité continuait comme si de rien n’était. Enfin presque. Les danseuses reparties, l’animateur en smoking propose un sondage express.  Quelle femme a selon vous, chers télé-spectateurs, le plus marqué l’année 2011. Angela Merkel, Belen Rodriguez ou Kate Middleton ? Top, vous avez cinq minutes pour voter par SMS.

Ancien mannequin argentin, vedette de la télévision italienne et de quelques navets cinématographiques, Belen Rodriguez a toutes les chances de l’emporter. Angela Merkel ? Trop sérieuse, pas assez de glamour au pays des latin lovers. Kate Middleton, la fraîche épouse du prince William ? Presque une inconnue de ce côté-ci des Alpes, où la presse lui a préféré sa soeur, Pippa, dont elle a diffusé abondamment les photos de la chute de reins. Surprise : Angela Merkel sort victorieuse du scrutin ! Le pire, toujours certain dans la Péninsule, est cette fois évité.  Merci à tous, lance l’animateur comme soulagé avant de lancer le compte à rebours vers la nouvelle année. Vraiment, ce résultat prouve que l’Italie a changé !  Vraiment ?

A la même heure, Mario Monti dîne dans son logement de fonction du palais Chigi, siège de la présidence du conseil. Son prédécesseur n’y a dormi qu’une seule fois, préférant son appartement privé du palais Grazioli. Plus discret pour recevoir ses visiteuses du soir. Dix personnes sont rassemblées autour de la table du réveillon : sa femme, leurs deux enfants et leurs conjoints, leurs petits-enfants, sa belle-soeur. Le menu respecte la tradition du Nouvel An : tortellini (pâtes) au bouillon,cotechino (sorte de saucisson à cuire, en beaucoup plus gras), lentilles (symbole de richesse) et pandoro (brioche un peu bourrative). A minuit et quart, tout le monde sera parti se coucher. On est comme ça chez les Monti : vieux jeu et couche-tôt.

Comment le sait-on ? Très simple. En réponse à un élu de la Ligue du Nord qui soupçonnait le chef du gouvernement d’avoir fait bombance aux frais de l’Etat, les services du palais Chigi ont publié un communiqué détaillant le nom des convives, l’heure de leur arrivée et celle de leur départ, la liste des achats, les prix et l’adresse des commerçants où Elsa Monti en personne est allée faire ses courses. Deux pages conclues ainsi :  Le président Monti n’exclut pas qu’en raison du nombre relativement élevé d’invités de légers surcoûts soient à la charge de l’administration concernant la consommation d’électricité, d’eau et de gaz. 

Tout Monti est là, dans ce mélange de rigueur, de tradition et d’humour. En près de cent jours au pouvoir, il est parvenu à imposer son style à l’Italie gavée et écoeurée par la démesure de son prédécesseur. En janvier, après un plan de ri-gueur de 20 milliards d’euros et des réformes lourdes (retraites, travail, ouverture à la concurrence et simplification administrative), le président du conseil jouissait encore d’un taux de satisfaction de 58 % selon un sondage Ipsos. Mieux : 35 % des électeurs de droite, 60 % des centristes et 69 % des électeurs de gauche préfèrent ce professeur étranger à la politique aux leaders de leurs partis respectifs. Paradoxe : s’ils contestent le remède, ils approuvent le choix du médecin traitant. Après quelques saisons de bunga-bunga où ils s’émerveillaient des prouesses sexuelles de leur premier ministre, ils se sont convertis à l’austérité de son successeur du jour au lendemain, ou presque. Passés du vice à la vertu en vingt-quatre heures, un nouvel avatar du  transformisme , cette facilité à passer d’un régime à l’autre, comme on change de veste ?

Les Italiens sont habitués aux changements brutaux ,explique le journaliste du Corriere della Sera Beppe Severgnini. Chaque semaine, il tient une rubrique  Italians dans le magazine du quotidien, son compte Twitter enregistre 170 000  followers .  Je connais assez bien le pays, euphémise-t-il, en faux modeste. Nous sommes une société très théâtrale. Nous applaudissons les ténors jusqu’à ce qu’ils fassent une fausse note. Après, c’est la curée. Monti chante juste. Il bénéficiera de notre indulgence tant que nous nous souviendrons des excès de la période précédente. Il est en quelque sorte protégé par notre mémoire rétinienne. 

Ce changement a son symbole : un manteau de laine imperméable né au Tyrol et dans la province de Bolzano. Le loden de Monti restera peut-être dans l’histoire comme le bonnet phrygien des sans-culottes de 1789. Le président du conseil en enfile un vert le week-end et un bleu marine en semaine. Berlusconi préférait, lui, le manteau croisé de cachemire, porté si près du corps qu’on le croyait cousu sur lui. En Italie, le loden a résisté à toutes les modes. On le met pour ce qu’il est : chaud, pratique, confortable et inusable. Rare au Sud, il s’épanouit au Nord, et pullule à Milan dans les -parages de la Bourse et des grandes banques.

 Un loden ? Qu’y a-t-il à l’intérieur d’un loden ? Qu’est-ce qu’on y voit quand il est ouvert ? Le manteau de Monti est comme laNoix de Charles Trenet, à cette différence qu’au lieu de  mille soleils , on y voit des efforts, des sacrifices, des économies. Pour certains, sa coupe simple et immuable est le reflet de la modestie de celui qui le revêt. Pour d’autres son ampleur évoque un parachute qui permettra d’éviter à l’Italie, lestée d’une dette énorme de 1 900 milliards d’euros (120 % du PIB), la chute brutale d’un default. Pour d’autres enfin, la petite ganse de cuir au bord des manches qui protège de l’usure symboliserait le sens de l’épargne caractéristique des Italiens. Déjà une blague fleurit sur les blogs où Monti a été baptisé  Ben Loden  en raison de  son austérité extrémiste .

On vous voit déjà sourire. Quoi ? Les Italiens se seraient convertis aux vertus d’un nouveau guide à la simple vue d’un manteau de berger ? Quelle fable ! Le fanfaron de Dino Risi interprété par le génial Vittorio Gassman, qui ment comme il respire et double en triple file, se serait rangé des voitures ? Bien sûr, c’est un peu plus compliqué. Le loden ne suffit pas à montrer l’exemple. Il faut aussi un peu de contrainte. Celle-ci a un nom : Serpico, acronyme de Servizi per i contribuenti (services pour contribuables). Au pays où l’évasion fiscale est un sport national qui coûte entre 120 et 150 milliards d’euros à l’Etat, Serpico promet d’être un arbitre intraitable.

Serpico est un énorme ordinateur installé à Rome et relié à 2 000 autres serveurs à travers le pays. Sa puissance lui permettra de traiter 22 000 informations par seconde et de croiser les déclarations des contribuables avec leur train de vie et de pénétrer dans le secret de leurs comptes bancaires. Il suffira à un agent d’introduire dans l’ordinateur le code fiscal de n’importe quel Italien pour contrôler toutes les opérations bancaires, mais aussi les notes d’électricité, d’eau ou de gaz, la marque de sa voiture et même l’inscription au tennis club. Serpico a déjà pincé plus de 500 propriétaires d’avions et d’hélicoptères privés, 40 000 possesseurs de bateaux de 10 mètres ou plus déclarant des revenus d’indigents  et 7 000 personnes inconnues du fisc.

S’il y a une  révolution Monti , elle est là. Tolérée jusqu’à présent, voire justifiée et encouragée, l’évasion fiscale est devenue l’ennemi public numéro 1. Les Fiamme Gialle (les  flammes jaunes , surnom des agents de la gendarmerie financière) sont les nouveaux héros d’un pays où autrefois, le fourbe, le petit malin, le resquilleur de l’Etat était sinon admiré du moins jalousé. La lutte est féroce et spectaculaire. Les descentes médiatisées des agents du fisc dans les paradis pour milliardaires de Cortina d’Ampezzo et de Portofino, mais aussi à Rome et à Milan,  ouvrent  les  JT  à 20 heures. Ces nouveaux incorruptibles ont leur Eliot Ness, Attilio Befera, directeur de l’Agenzia delle Entrate, qui s’occupe de recouvrer l’impôt. Befera fait le compte des milliards d’euros récupérés et promet une lutte sans merci. Une campagne publicitaire résolument agressive compare le fraudeur fiscal à un parasite. La musique a changé, les paroles aussi. De Silvio Berlusconi qui déclarait : Si on me demande 50 %, je me sens moralement autorisé à frauder le fisc , on est passé à Mario Monti affirmant :  Il est inacceptable que les travailleurs fassent des sacrifices alors qu’une part importante de la richesse échappe aux taxes, accroissant ainsi la pression fiscale sur les honnêtes contribuables. A cet affichage de fermeté de la part du gouvernement correspond un premier changement de mentalité. Une bonne proportion d’Italiens semble avoir pris conscience du problème et a décidé de se mobiliser, notamment à travers Internet et les réseaux sociaux. Edoardo Serra est de ceux-là. Ingénieur informatique de 27 ans, il a lancé avec des amis tous âgés de moins de 30 ans un site (tassa.li) où il est possible de télécharger gratuitement une application iPhone ou Android pour signaler sur son portable tout magasin ne donnant pas de ticket de caisse ou facture. Sur Facebook, un groupe baptisé Amis des tickets de caisse et des factures  ou encore le site evasori.info dévoilent carrément les noms et adresses des fraudeurs. Sous le sceau de l’anonymat, un conseiller fiscal de Rome nous déclare :  Je vois de plus en plus de mes clients qui arrivent, apeurés, pour me demander de les mettre en règle. Auparavant, ils le suppliaient de masquer la totalité de leurs revenus. Une partie de la droite dénonce  un terrorisme fiscal .

Mue culturelle profonde ou brève parenthèse de vertu ?  C’est véritablement la fin d’une époque , observe Giuseppe Roma, directeur du centre d’études Censis, qui prend le pouls du pays depuis des années.  Pour la première fois cette année, une majorité d’Italiens se disent prêts à payer des impôts en échange de services, explique-t-il. Ce changement signe la fin de notre individualisme. C’était à prévoir. Après des années où les Italiens ont privilégié leur bien-être individuel et délégué à une classe politique médiocre la gestion de la collectivité, nos études soulignent un tournant. Nous avons pris conscience que l’individu ne peut pas s’en sortir tout seul avec un peu de débrouillardise. La crise remet en avant les valeurs collectives et de solidarité. L’arrivée de Monti, son austérité affichée qui contraste avec les excès de Berlusconi sont d’autant mieux acceptées qu’elles correspondent à ce moment de notre évolution. Les médias ont eux aussi senti le vent tourner. Alors que, jusqu’au mois de novembre 2011, les journaux et les émissions de débats télévisées étaient presque exclusivement centrés sur les attaques ou la défense de Silvio Berlusconi, ils se sont convertis à la pédagogie des réformes. Le quotidien de gauche La Repubblica a pris un virage sur l’aile remarquable. Au lieu des dizaines de pages consacrées aux comptes-rendus in extenso des écoutes téléphoniques du Cavaliere, il publie chaque jour désormais des dossiers sur la réforme des retraites, du code du travail ou du fisc. Aux courbes des veline, ces starlettes pulpeuses de la télévision, a succédé celle du spread, le différentiel des taux de rendement entre les bons du Trésor allemands et italiens.

Désormais pour nous, Berlusconi est un protagoniste comme un autre de l’actualité politique, explique son directeur Ezio Mauro. Il n’est plus chef du gouvernement, il ne fait plus les lois à son avantage. Notre travail, et j’en suis fier, a été de défendre les valeurs républicaines pendant toutes ces années. Mais la page est tournée. Le pays n’en pouvait plus. Nous avons vécu une période de démesure : la fortune de Berlusconi, le nombre de ses maîtresses, de ses maisons, de ses télévisions, de ses avions. Aujourd’hui, nous sommes sur la voie de la normalisation. Les journaux sont redevenus un lieu d’explication et de pédagogie au service du lecteur.  Et ça marche. C’est au mois de décembre 2011, au moment du débat sur un nouveau plan de rigueur, que le journal a fait ses meilleures ventes de l’année 2011.

La télévision a elle aussi pris acte de ce changement d’époque. L’ampleur et la complexité des réformes en cours ont permis aux experts d’apparaître enfin aux premiers rangs des plateaux télé. Relégués auparavant en fin de grille, comme on pousse la poussière sous les tapis, les spécialistes, professeurs et techniciens sont revenus à la lumière, comme dans La Nuit des morts-vivants Ils sont les vrais protagonistes de cette nouvelle période, explique Giovanni Floris, présentateur de l’émission  Ballaro  tous les mardis soir sur la troisième chaîne de la Rai. Avant, ils apparaissaient en duplex, maintenant ils ont leur fauteuil sur le plateau.  Berlusconi ne dédaignait pas de s’inviter dans les débats déjà passablement échauffés pour mettre de l’huile sur le feu et insulter le présentateur au téléphone.  Aujourd’hui, il n’y a plus de temps pour l’invective. Les téléspectateurs ont besoin d’explications, ils veulent comprendre ce qui se prépare , souligne le présentateur. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 5 millions de téléspectateurs ont regardé l’émission en moyenne en 2012, contre 4,3 millions en 2010-2011.

L’austérité fait recette.  Je voudrais que l’Italie devienne un pays ennuyeux , a déclaré récemment Monti au Financial Times. A ce train-là, le pari n’est pas loin d’être gagné. Via dell’Umilta, à Rome, au siège de la presse étrangère, certains correspondants regrettent le bon temps des orgies, des scandales, des papiers faciles, des photos de starlettes à gros seins.  Nous sommes en deuil , explique un confrère anglais.  Avant c’était un article par jour. Il y avait des personnages ,regrette un Néerlandais…

Que reste-t-il du bunga-bunga ? Et de Silvio Berlusconi dans cette Italie qui semble l’avoir  archivé  ? Disparu vraiment ? Aux fers dans les oubliettes de l’histoire ? Devant le palais Grazioli ne campent plus qu’une camionnette de carabiniers et une équipe de télévision réduite, au cas où… Dans une Italie  déshystérisée , il est redevenu un citoyen presque comme les autres. Il assiste à ses procès (affaire Mills, affaire Ruby). Il a pris un bureau dans une aile de Montecitorio, la Chambre des députés.  Il hésite, ne sait pas quel conseil suivre. Politiquement, il est hors jeu, et il le sait , raconte Vittorio Sgarbi, ancien secrétaire d’Etat à la culture, provocateur et fort en gueule qui se présente comme un conseiller de la dernière heure.

Son parti, le Peuple de la liberté, qui soutient officiellement le nouveau gouvernement, est divisé. Les  faucons  voudraient au plus vite retirer leur confiance à Mario Monti et retrouver les urnes ; les  colombes , les indécis et les tièdes, savent qu’en cas de défaite, ils ne retrouveront pas un mandat de sitôt. Entre les deux, le Cavaliere, 75 ans, hésite au gré des procédures judiciaires ou du cours de Bourse des actions de ses entreprises. Un jour il tempête, l’autre il tempère. Doit-il sauver sa place dans l’histoire en endossant les habits de la  responsabilité , ou récupérer une place aux premières loges en faisant tout sauter ?

Dans son bureau de la via Negri, à Milan, le directeur d’Il Giornale, quotidien appartenant officiellement au frère de Silvio Berlusconi, Paolo, Vittorio Feltri se désole de ces atermoiements. Avant c’était simple : les ennemis de Berlusconi étaient les siens. A ce jeu de massacre tout était permis, même et surtout la calomnie. Aujourd’hui Feltri retient sa plume :  Tant que Berlusconi n’aura pas décidé d’une stratégie, je me contente de me moquer de Monti, de son austérité affichée, de ses lodens. Moi aussi j’en ai 5 ou 6 dans mes placards, mais ce n’est pas pour autant qu’on me félicite !  Sur Berlusconi, au contraire, son avis est tranché.  C’est un échec sur toute la ligne. Le sien et celui de toute la classe politique. Mille parlementaires ont dû se résoudre à faire appel à des techniciens pour relever le pays. Mais ces professeurs d’université qui nous gouvernent se sont contentés d’augmenter les impôts ; pour cela, les agents de service auraient suffi ! Après dix-huit ans de scandales en tout genre et d’impuissance, ce n’est pas étonnant qu’ils apparaissent comme des libérateurs. 

Autres temps, autres moeurs, autres acteurs. Les professeurs de l’université Bocconi de -Milan, où porter du bleu marine passe presque pour un signe de rébellion, ont remplacé les incroyables personnages qui se pressaient à la cour du Cavaliere. Son barde, Mariano -Apicella, avec qui il composait des chansons, monnaie un restant de gloire dans  L’île des célébrités , une émission de télé-réalité ; celui qui recrutait pour lui des prostitués, l’agent de star Lele Mora, se morfond en prison pour banqueroute frauduleuse ; son confesseur, Don Maria Verzè, qui lui avait prédit qu’il vivrait  jusqu’à 120 ans , a été emporté par un scandale -financier avant de mourir en disgrâce au mois de janvier.

Reste une question : la révolution culturelle silencieuse de Mario Monti, le loden et l’ordinateur, vont-ils durablement changer les Italiens ? L’Italie sera-t-elle un jour un pays normal ? Une Allemagne entre Adriatique et Méditerranée ? Stefano Rodota, constitutionnaliste réputé qui fut de tous les combats contre Berlusconi, redoute que la conversion expresse de ses compatriotes à la vertu ne soit jamais achevée :  Pendant tellement d’années, Berlusconi nous a caressés dans le sens de nos vices dans le seul but d’obtenir nos votes. Certes, le changement en cours est impressionnant, et il sera difficile de retourner aux habitudes du passé, mais il reste tant de choses à faire, comme renouveler la classe politique par exemple. Cela va être un travail de longue haleine. Monti n’est là que jusqu’au printemps 2013 au maximum. C’est très court. 

Pour Ernesto Galli della Loggia, professeur d’histoire contemporaine et éditorialiste du Corriere della Sera,  tout cela reste superficiel. C’est le visage du pouvoir qui a changé, son discours officiel. Mais ça ne correspond pas à un changement de société. Même les jacobins avec la guillotine n’y sont pas parvenus. Monti n’est pas davantage le miroir de l’Italie d’aujourd’hui que Berlusconi ne le le fut. Disons plus modestement que l’anomalie italienne est provisoirement suspendue, à la faveur d’une anomalie politique puisque ce gouvernement n’est pas élu. C’est la perception médiatique du pays qui a changé. 

Marco Travaglio, autre ennemi juré du Cavaliere, épingle dans son journal, Il Fatto Quotidiano, un  gouvernement en trompe-l’oeil . Pour lui cette équipe de professeurs est l’ultime travestissement des politiques italiens de droite comme de gauche. Ils ont été incapables de dire la vérité au pays, incapables de réformer soit par médiocrité intellectuelle soit par crainte. Ils ont finalement délégué à un alien de la politique le sale travail des réformes. Mais ils reprendront le pays en main dès que l’occasion se présentera . L’auteur de L’Odeur de l’argent. Les origines et les dessous de la fortune de Silvio Berlusconi (Fayard, 2001) traque également les manquements du nouveau gouvernement à l’éthique dont il se veut l’exemple et le garant. Un ministre a déjà été obligé de démissionner après avoir admis s’être fait payer ses vacances dans un hôtel luxueux de la côte toscane par un entrepreneur sulfureux. D’autres sont sur la sellette pour mélanger leur rôle de ministre avec d’autres fonctions qu’ils exercent encore.

Sévère, Mario Monti, qui a renoncé à ses salaires de président du conseil et de ministre de l’économie, veille à la probité des siens, sachant bien que leur image est indispensable à son succès. Pour l’instant cela fonctionne. Sarkozy, Merkel, Cameron et Obama portent aux nues cet ancien de Goldman Sachs. Les Italiens lui savent gré d’avoir redonné sa juste place à leur pays sur la scène internationale. Mais tout est si fragile encore.  Je ne crains pas tant Berlusconi en soi que le Berlusconi qui est en moi , avait déclaré le chanteur engagé Giorgio Gaber. Berlusconi est fini,dit aujourd’hui Stefano Rodota, mais en avons-nous fini avec le berlusconisme ? 

 

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