Londres à l’heure olympique

Paul Smith, cyclisme urbain.

Chronique de Paul Smith, extrait du Monde Sport & Forme du 04 février 2012.

Quand les membres du Comité international olympique (CIO) sont récemment venus à Londres inspecter l’état d’avancement des travaux du Parc olympique, ils ont été surpris de constater que les arbres avaient été plantés bien avant que les principales installations (le Stade, le vélodrome, le centre aquatique, etc.) soient achevées. En l’apprenant, je me suis dit qu’au moins l’un des organisateurs des Jeux en 2012 devait connaître Le Corbusier, le grand architecte, dont le premier geste sur le site d’un nouveau projet était toujours de mettre en place les arbres afin qu’ils soient en plein épanouissement au moment de la livraison du bâtiment.

Je me suis rendu à mon tour au Parc olympique et je l’ai trouvé magnifique. L’architecture est extraordinaire – en particulier celle du vélodrome – et tout sera prêt à temps. Il ne semble pas régner le genre de panique de dernière minute que l’on a vu dans d’autres villes. Le village des athlètes a fière allure et on a eu la bonne idée d’inviter West 8, une entreprise de design de Rotterdam dont j’aime beaucoup le travail, à participer à l’aménagement du parc.

Doués pour le scepticisme

J’ai toutefois ressenti un certain malaise en découvrant les anneaux olympiques au-dessus de l’entrée du tunnel sous la Manche près de Calais. Il paraît normal de les apposer sur la gare de St Pancras, pour accueillir les visiteurs venus en Eurostar et leur rappeler que Londres est cette année la ville hôte des Jeux, mais je trouve un peu indélicat de les avoir installés sur le sol français après l’échec de la candidature de Paris à l’organisation de ces XXXe olympiades. J’espère que les artisans du dossier français ne regarderont pas par la fenêtre de l’Eurostar au moment de traverser le Channel cet été !

En Angleterre, les Jeux suscitent des réactions mitigées. Les gens qui ne s’intéressent pas ou peu au sport se plaignent bien entendu de leur coût énorme (sans doute au-delà des 11 milliards d’euros budgétés) ainsi que du chaos que les Londoniens risquent d’avoir à subir dans leurs déplacements durant les épreuves.

Le compositeur de comédies musicales Andrew Lloyd Webber a prédit un « bain de sang » pour les théâtres de la capitale et affirmé que plusieurs d’entre eux devront probablement fermer leurs portes, faute de public, pendant la durée des Jeux.

Lord Lloyd Webber connaît beaucoup mieux son affaire que moi, mais j’espère bien qu’il se trompe. S’ils sont extrêmement doués pour le scepticisme, les Britanniques ne sont en revanche guère portés à l’optimisme. Je vis à Londres depuis quarante ans, et je sais qu’il y a énormément de choses à voir et à faire dans cette ville. Des quartiers entiers ont été rénovés et la ville possède de nombreuses réalisations architecturales spectaculaires. On y trouve des salles de concert, des théâtres formidables et d’excellentes galeries d’art. C’est aussi l’une des places fortes de la world cuisine. Quelque 400 styles culinaires mijotent, paraît-il, dans les marmites des restaurants londoniens.

Alors j’ai bon espoir que tous ceux qui viendront assister aux Jeux passeront un excellent moment sur les rives de la Tamise.

 

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