Louis Dreyfus Armateurs quitte le port de Calcutta

Extrait des Echos, par Patrick de Jacquelot.

ABG-LDA, le joint-venture à 50/50 qui associe l’opérateur portuaire français Louis Dreyfus Armateurs et son partenaire indien ABG, cesse immédiatement ses opérations à Haldia, le port de commerce de Calcutta. « Nous sommes clairement confrontés à une situation criminelle » , explique aux « Echos » Gurpreet Malhi, directeur général d’ABG-LDA.

La société a commencé voici deux ans l’exploitation de deux quais d’Haldia, après les avoir modernisés complètement (grues, etc.). Mais le groupe franco-indien s’est trouvé face « à la connivence des autorités portuaires, des partis politiques locaux et d’intérêts particuliers » . Ce qui s’est traduit par l’attribution aux quais gérés par ABG-LDA de quantités de marchandises très insuffisantes. D’où des pertes chroniques.

En conséquence, la compagnie a licencié en septembre 275 de ses 650 salariés, ce qui a suscité une vague de violence. Des injonctions de la Haute Cour de justice de Calcutta aux autorités locales, priées d’assurer la protection de l’opérateur portuaire, n’ont pas été suivies d’effet. Fin octobre, trois cadres d’ABG-LDA ainsi que l’épouse et le bébé de l’un d’eux ont même été enlevés par des hommes armés et conduits à une gare avec instructions de ne jamais revenir à Haldia.

Des intérêts puissants La société estime qu’il est devenu « impossible de travailler dans un environnement où les autorités responsables d’assurer le maintien de la loi et de l’ordre […] y ont ouvertement renoncé » . Selon la presse locale, les opérations d’ABG-LDA auraient contrarié des intérêts puissants. « Notre concurrent sur le port est Ripley, une société appartenant à un parlementaire membre du parti de Mamata Banerjee, Premier ministre du Bengale occidental » , affirme Edouard Louis-Dreyfus, directeur général de Louis Dreyfus Armateurs. Mamata Banerjee avait défrayé la chronique en 2008, quand elle était dans l’opposition, en contraignant, au nom de la défense des paysans, le groupe Tata à abandonner son projet d’usine pour la Nano, la voiture la moins chère du monde, prévue près de Calcutta. Que le parti de la même Mamata Banerjee, devenue Premier ministre de l’Etat, puisse être de nouveau mêlé à l’éviction d’un investisseur important fait donc sensation au Bengale-Occidental : les milieux professionnels redoutent de voir l’Etat devenir un désert industriel.

« Cela ne remet pas en cause notre stratégie en Inde, affirme Edouard Louis-Dreyfus, dans les trois autres ports où nous sommes actifs, les opérations se déroulent normalement avec le soutien des autorités locales, l’Inde demeure un axe de développement. » Reste que le groupe est engagé dans un bras de fer avec les autorités du Bengale qui pourrait coûter cher. Le joint-venture a investi 20 millions d’euros dans les équipements d’Haldia, et a déjà perdu 8,6 millions dans l’exploitation de ses deux quais.

 

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