Mapou Yanga-Mbiwa: « Ce qui m’arrive, c’est magique »

Mapou YANGA MBIWA . Photo : Vincent Michel / Icon Sport

Extrait de l’Equipe du 19 mai 2012, par Jérôme Diesnis.

Il y a six mois, on le donnait partant à coup sûr. Mapou Yanga-Mbiwa s’interroge désormais ouvertement sur la suite de sa carrière. A vingt trois ans, sous contrat jusqu’en juin 2013, l’international Espoirs (7 sélections), né à Bangui (République Centrafricaine), découvre l’ambition avec son club formateur. Promu capitaine cette saison, appelé pour la première fois par Laurent Blanc, il revient sur cette fin de saison en forme de consécration.

« Tout arrive dans la même semaine. La ligue des champions, la convocation dans la préliste de l’équipe de France pour l’Euro et la possibilité de jouer le titre. C’est impressionnant, mais il faut savoir garder la tête froide et avoir des priorités. On a notre destin en main. Il reste un point à prendre pour bien finir cette saison. Je me projette surtout vers le futur et je me dis que ça ne peut être qu’un début pour faire encore mieux que ce que l’on fait actuellement. Personnellement, je veux repousser les limites et croquer la vie. J’ai envie de vivre ces moments-là avec Montpellier. Après Auxerre, je vais prendre le temps de réfléchir sur mon avenir. Cette saison, j’ai découvert certaines choses, j’ai essayé d’en soigner d’autres. Mais ce n’est encore que le Championnat. J’ai besoin de disputer des compétitions comme la ligue des champions pour m’affirmer. Aujourd’hui, je sais ce qu’il faut faire pour être bon en championnat, mais pas au très haut niveau. Le brassard m’ a aidé à progresser, car j’avais tendance à être dans mon coin. Là, je dois vivre et faire vivre le groupe, partager avec les autres. Le coach l’a fait pour m’aider dans mon approche du métier de footballeur. Je suis encore plus pro, plus strict avec moi-même et donc forcément avec les autres. Globalement, ça s’est plutôt bien passé pour moi, je n’ai pas eu trop de moments de galère. Et puis Cyril (Jeunechamp) et Romain(Pitau) m’ont bien aidé.

Mes entraîneurs successifs m’ont fait découvrir tous les postes de la défense. C’est impressionnant. Je ne sais pas comment ça leur est venu à l’esprit, mais ils ont tout planifié à l’avance. au fur et à mesure que j’avance dans ma petite carrière, je me rends compte que je ne suis jamais en galère si on me décale d’un côté ou de l’autre, je sais ce qu’il faut faire. Mais j’aime particulièrement ce poste de défenseur central. J’aime savoir qu’il n’y a plus personne entre moi et le gardien. Il y a une part de risque plaisante, en plus de l’idée de gagner le duel avec les attaquants. Le foot, c’est psychologique. Je pars dans l’idée que l’attaquant n’a pas le droit de briller, alors je fais tout pour le museler. Je dois le dominer directement ou indirectement.

J’ai appris ma sélection dans le vestiaire. J’était prêt à partir, mais on m’a dit de rester. Comme je n’avais jamais été appelé, je n’y accordais pas trop d’importance. Je m’attendais à voir une surprise, comme cela avait le cas avec Marvin Martin ou Maxime Gonalons que j’ai côtoyés avec les espoirs. Mais jamais je n’ai pensé que je pouvais y figurer. Dans mon esprit, c’était prématuré. Quand j’ai entendu mon nom, je me suis dit: tu prends tes crampons, tes protège-tibias et tu montres ce que tu sais faire. Tout le monde m’a acclamé. Ce moment, je m’en souviendrai toute ma vie, d’autant que c’était le jour de mon anniversaire. Si je fais partie de la liste définitive, ce sera énorme. Si ce n’est pas le cas, ça va m’aider à avoir une base pour continuer à travailler.

J’ai quitté le Centrafrique à huit ans pour rejoindre mon père et faire mes études dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, on m’offre ces choses-là, c’est magnifique. Une partie de ma famille est restée là-bas. Je suis le petit du pays qui est en train de réussir. Je suis fier de ça. Pendant des années, je n’y étais pas retourné. Désormais, j’essaie d’y aller à peu près tous les ans. J’ai besoin de voir mes proches et de partager avec eux ce que je vis à Montpellier. Ce qui m’arrive, c’est magique. »

 

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