Mario Monti sous surveillance

Mario Monti. Davide Forleo pour M Le magazine du Monde.Extrait du Monde.fr, par Philippe Ridet, correspondant à Rome.

Mario Monti est face à un grave problème : sa politique fonctionne. Plus de quatre mois après son arrivée au pouvoir à la suite du fiasco du gouvernement de Silvio Berlusconi, l’Italie a retrouvé son rang sur la scène internationale et sa crédibilité sur les marchés. Le spread – différentiel de taux d’intérêt entre les bons du Trésor allemands et italiens – est retombé aux alentours de 3 points de pourcentage et la Péninsule a retrouvé la confiance des investisseurs qui achètent désormais sans crainte ses titres de dette.

L’Union européenne, les Etats-Unis, la Chine, le Wall Street Journal, le Financial Times et les agences de notation applaudissent à chacune de ses réformes. Ce professeur d’économie aux allures de père tranquille passe pour le sauveur de l’Italie et bientôt de la zone euro. Lors de ses déplacements – dernièrement en Asie -, il déclenche des chants à sa gloire. La cure de rigueur, la réforme des retraites, les libéralisations de l’économie, et la prochaine réforme du marché du travail, qui sera bientôt débattue au Parlement, lui valent des louanges quotidiennes.

On s’extasie, on applaudit, on s’interroge. Comment se fait-il que l’Italie n’ait connu que quelques débrayages catégoriels quand l’Espagne et la Grèce soumises au même régime se sont enflammées. Et ce ne sont pas les seize heures de grève générale annoncées par la CGIL, le plus important et le plus à gauche des syndicats italiens, qui menacent d’ébranler sa certitude de faire du bon travail . Miracle italien ?

Mais ce bon élève de la classe libérale devrait peut-être se méfier. Les compliments reçus à l’extérieur masquent à peine de futures difficultés à l’intérieur. Mario Monti a ouvert deux fronts. Le premier est identifié. Il s’agit du front syndical. Les confédérations, même les plus réformistes, sont mécontentes devoir disparaître l’article 18 du code du travail qui limitait le recours aux licenciements abusifs.

M. Monti et sa ministre du travail, Elsa Fornero, ont fait disparaître ce totem de la gauche en expliquant que les freins aux licenciements étaient aussi des freins à l’embauche, notamment des jeunes dont le taux de chômage frôle les 30 %. Jusqu’alors résignés, les Italiens seront-ils prêts à être tondus sans réaction au profit du libéralisme approuvé par l’Union européenne ? Le 13 avril aura lieu une manifestation unitaire de tous les syndicats contre la réforme des retraites : une première après des années de division.

Le second front est plus mouvant et plus politique. Jusqu’alors M. Monti a bénéficié de la plus grande majorité politique jamais accordée à un président du conseil. Le Parti démocrate (PD, centre gauche), le Peuple de la liberté (PDL, droite) et l’Union du centre le soutiennent sans faillir. Seule la Ligue du Nord et l’Italie des valeurs de l’ancien juge anticorruption Antonio Di Pietro ont choisi la voix de l’opposition ouverte.

On saura bientôt – et M. Monti également – qui a eu tort et qui a eu raison de choisir telle ou telle stratégie. Les élections administratives – municipales et provinciales – des 6 et 7 mai sont désormais un rendez-vous redouté par le gouvernement. Que la droite et la gauche confortent leurs positions, et la preuve sera donnée que le soutien au gouvernement des professeurs était un choix juste.

Dans le cas contraire, des tensions ne manqueront pas de se produire. Si la Ligue du Nord et l’Italie des valeurs devaient tirer un profit électoral de leur opposition, tout pourrait être remis en cause. Et les politiciens qui ont accepté de céder leur place aux techniciens pourraient être tentés de la reprendre.

En menaçant de démissionner dans le cas où la réforme du marché du travail ne serait pas adoptée, ou trop dénaturée par le Parlement, M. Monti tente de faire pression sur les partis et de calmer leur crainte et leur impatience. Il sait que sa présence éloigne les risques d’une nouvelle perte de confiance des investisseurs devant l’énormité de la dette italienne qui s’élève à 1 900 milliards d’euros, soit 120 % de produit intérieur brut.

Et après ? Une fois la réforme du travail adoptée, que restera-t-il dans l’agenda de M. Monti ? C’est une autre inconnue. Les formations politiques qui le soutiennent entendent limiter son action au strict domaine de l’économie. A peine M. Monti a-t-il exprimé sa volonté de réformer la justice – lente et inefficace – et la chaîne publique de télévision, la Rai – chasse gardée des partis -, que ceux-ci se sont soulevés devant ce qu’ils considèrent comme une atteinte à leur domaine réservé.

Mario Monti sait que sa réussite est paradoxalement son talon d’Achille. La crainte d’un défaut de l’Italie s’éloignant, elle réveille les appétits de la classe politique. Au-delà du scrutin de mai, se profile déjà celui du printemps 2013 qui donnera une nouvelle majorité législative d’où sera issu le prochain président du conseil.

Alors que la perspective d’un échec du gouvernement Monti – et d’une grécisation de l’Italie – avait, un moment, tétanisé les formations politiques, l’hypothèse d’une réussite leur redonne les coudées franches. Chacune d’elle espère bien se présenter comme l’artisan de la nouvelle renaissance de l’Italie, et refermer au plus vite la parenthèse Monti.

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