Monsieur le Ministre

Yannick Noah

Extrait de Sport & forme, journal du Monde du 15 octobre 2011.

La place du sport dans la société ? Le gouvernement n’a pas l’air de s’en soucier plus que ça puisqu’il fait valser les ministres des sports tous les quinze jours ! Honnêtement, cela m’a surpris que Chantal Jouanno tire sa révérence fin septembre, après sa victoire aux sénatoriales. Je trouvais qu’elle s’était plutôt bien sortie, notre karatéka ministre, des dossiers sensibles qu’elle avait eu à gérer, l’affaire des quotas dans le foot notamment. Elle ne s’était pas planquée en tout cas.

Voilà qu’arrive David Douillet. Pour dire la vérité, cela faisait tellement longtemps qu’il lorgnait le poste, notre judoka bardé de médailles, qu’on s’y attendait un peu. Mais on a le droit de rêver d’une autre manière de choisir les ministres des sports, et surtout d’une autre place pour le sport en France.

Un grand champion fait-il un bon ministre ? Pas sûr. A mon avis, plutôt qu’aller chercher un copain du président, il faudrait mettre en place un système d’appel d’offres, à la manière des primaires du PS. Que les candidats pressentis ébauchent un programme. Que les présidents de fédération sportive soient, au minimum, consultés. En d’autres mots, qu’on fasse vivre le débat. J’ai l’impression qu’en ce moment tout se fait à la tête du client !

Permets-moi en tout cas d’être surpris, David, que tu me rentres dedans dès ton premier entretien dans la presse. Tu trouves bizarre que « [j’]aime la France tout en habitant une partie de l’année à l’étranger ». Ça veut dire quoi ? Il y aurait deux catégories de Français, les bons citoyens qui vivent ici et les mauvais qui vivent hors de l’Hexagone ? J’ai un appart à New York, mais j’habite en France depuis des années. Tu dois le savoir, puisque tu as été secrétaire d’Etat chargé des Français de l’étranger avant de prendre ton nouveau job.

Tu me dis « va te battre et va chercher un mandat ». Franchement, sur le tatami, t’es bien meilleur que moi. Par contre, dans les échanges, je me débrouille encore pas trop mal.

Je te propose même un sujet de discussion : la place du sport à l’école. Mon sentiment de père, d’ancien joueur, d’amoureux du sport, c’est qu’on n’en fait pas assez à l’école. Les profs de gym manquent de moyens, l’EPS n’est pas valorisée au bac. Deux ou trois heures de cours de sports par semaine, tu ne trouves pas que c’est insuffisant ? Après, bien sûr, il y a des parents qui se débrouillent pour que leurs enfants fassent du sport dans le privé. Mais à l’intérieur de l’école, il ne se passe quasiment rien.

Alors, les grandes déclarations sur les vertus du sport, ça ne fait pas avancer grand-chose tant qu’on n’a pas répondu à la question des moyens. On a la chance d’avoir en France des structures formidables, des clubs, des ligues, des fédés, mais on attend toujours une prise de conscience du politique, une volonté au plus haut niveau pour que le sport fasse partie intégrante de la vie à l’école.

Quand je vois l’énergie que l’on est obligé de déployer au sein de l’association Fête le mur pour un projet top – amener le sport dans les cités -, il y a un souci quelque part. Je ne me plains pas, je suis conscient que plein d’associations de quartier se débattent avec très peu d’argent. Nous, on a le soutien de sponsors, de la Fédération française de tennis. Ça fonctionne, et pourtant, on galère. Je t’assure, ça vaudrait le coup d’en parler, David. Si tu restes un peu au ministère, bien sûr.

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