Nos amis les footballeurs

Patricia Mazuy, nos amis les footballeurs

Chronique de Patricia Mazuy, dans le Monde Sport et Forme du 22 mars 2012.

Vaches, taureaux, moutons, chèvres, cochons… Les fleurons de l’élevage français dûment sélectionnés vont défiler à partir de samedi 25 février sur le « grand ring » du Salon de l’agriculture. Je connais bien l’endroit pour y avoir présenté, il y a quelques années, un documentaire sur la génétique bovine. Dans les régions françaises, les taureaux se livrent à un parcours du combattant pour être agréés taureaux reproducteurs dans les centres d’insémination. Pendant les épreuves, pour les races à viande, certains d’entre eux sont même vendus aux enchères pour la monte naturelle. Les animaux qui restent sur le banc de touche sont éliminés. Ça ne rigole pas chez les taureaux.

Un peu comme chez nos amis footballeurs. En Inde, des anciennes gloires du ballon rond ont aussi été vendues aux enchères. Le commissaire-priseur avait été recruté, paraît-il, dans les ventes non de bovins, mais de chevaux. Il faut bien ça pour des stars en short. Des six principales vedettes adjugées vendues pour la première édition de la Premier League Soccer indienne, l’Argentin Hernan Crespo a été adjugé au plus haut prix : 840 000 dollars (633 000 euros). Quarante mille de plus que le Français Robert Pires, 3e lot de cette vente inédite. De fort belles sommes pour ces esclaves de luxe bien cyniques qui ont décidé de rentabiliser des années de pression, de blessures et de sacrifice dans le haut niveau.

A l’autre bout du foot business, il y a ceux qui seraient prêts à payer pour arrêter de cirer le banc de touche. Il y a quelques jours, j’ai lu l’interview que le Brésilien du PSG, Marcos Ceara, a donnée au magazine officiel du ballon rond, France Football. J’y ai vu la parole d’un homme blessé, sans récriminations, émigré vendu et perdu dans sa France rachetée par les Qataris. Quelques jours plus tard, sur YouTube, le même Ceara fait des excuses publiques pour s’être ouvertement plaint auprès des médias. J’en déduis que dans le foot, comme dans la police, la haute fonction publique ou les grandes entreprises, on ne rigole pas avec le devoir de réserve. La loi du silence.

Pires et Ceara auraient pu se retrouver dans Le Stratège, un film où Brad Pitt joue un ancien joueur de base-ball qui refuse une bourse à Yale pour accepter l’offre en or d’un club où finalement il n’est pas aussi bon joueur que ça. On le retrouve employé d’un petit club à vendre et acheter des joueurs avec la maigre enveloppe de ses patrons. Avec l’aide de Jonah Hill, qui joue un jeune prodige de la programmation informatique, il réussit tout de même à composer une équipe qui gagne avec des joueurs plus ou moins sur la touche ou sur le retour. J’ai adoré ce film, dont les distributeurs français auraient été inspirés de garder le titre original :Moneyball. En Inde, au moins, ils appellent un chat un chat. Chez nous, Thierry Henry retourne aux Etats-Unis et Anelka part en Chine… mais surtout pas pour l’argent. « J’aime la mentalité chinoise et de l’Asie », a cru bon de préciser le mauvais garçon du foot français en débarquant à Shanghaï.

En France, surtout en pleine campagne électorale, on ne peut pas tout dire. Le parcours de nos combattants politiciens sur le grand ring de la porte de Versailles, slalomant entre les bovins, promet encore un grand défilé des langues de bois.

 

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