On a perdu, on a gagné, on s’est bien amusés, par Vikash Dhorasoo

Olivier Giroud manque l'occasion d'égaliser pour la France face à la Suède, le 19 juin à Kiev. | REUTERS/EDDIE KEOGH

Extrait de Sport & Forme, journal du Monde, par Vikash Dhorasoo.

Mardi dernier, la France a perdu. Enfin, pour être précis, l’équipe de France de football a perdu mollement son troisième match de l’Euro 2012 contre l’équipe de Suède. « Insupportable »« honteux » pour de nombreux spécialistes.

Pourtant, comme le disait le Kaiser Franz : « Au foot, il n’y a qu’une seule possibilité : perdre, gagner ou faire match nul. » Ou encore Ronaldo la lose – le Brésilien, pas le Portugais : « On a perdu parce qu’on n’a pas gagné. » Lorsqu’un match débute, on sait que l’on peut perdre. C’est même toute la beauté et le plaisir du jeu : la défaite au football n’a pas de conséquences graves, contrairement à une fermeture d’usine, une élection fâcheuse ou une erreur de manipulation dans une centrale atomique.

Il y a aujourd’hui peu d’espaces dans notre société dans lesquels on a le droit de perdre. Pourquoi diable la déroute face à la Suède du galactique Zlatan est-elle devenue grave ?

« Honte « , « humiliation »« défaite insupportable »« aucun amour-propre »… On pensait ces mots réservés à d’autres domaines. Vivons-nous vraiment dans un monde dans lequel onze gars qui encaissent deux buts sont censés faire honte à tout un pays ? Que s’est-il passé pour que nous placions tant de choses, dont notre honneur, sur le dos de quelques post-adolescents aux capacités sportives hors normes ?

Après vingt-trois matchs sans défaite, la France du foot a eu honte de son équipe, honte de joueurs censés représenter une cause dont ils n’ont jamais entendu parler. Deux ans après Knysna, la France du foot ne sait toujours pas perdre, et encore moins apprendre de ses défaites.

De l’avis général, les joueurs de l’équipe de France ont plutôt mal joué, face à une équipe détendue parce que éliminée. Ils se sont tout de même qualifiés et nous ont donc offert la joie de pouvoir assister à un France-Espagne en quarts de finale d’un Championnat d’Europe. Une belle promesse pour tous ceux qui aiment vraiment le football.

Pour le reste, les joueurs savent très bien comment ils ont joué et en partie pourquoi. Ils sont des sportifs de haut niveau et détestent perdre, maladivement. Nous, commentateurs, après ces matchs, nous avons des sujets d’échange quasi infinis qui stimulent l’imagination ! Je ne vois pas ce que le mot « honte » vient faire là-dedans.

La beauté du foot tient aussi aux millions de points de vue et de regards sur un même geste, sur un même sport. Les commentateurs amplifiés (Larqué, Balbir, Ménès, etc.) préféreraient qu’on « la ferme » et qu’on les écoute déverser leur haine populiste. Personnellement, je préfère simplement couper le son.

Je n’ai jamais attendu des joueurs de foot qu’ils soient des exemples pour mes enfants ni des représentants de la France. Je vais régulièrement voter pour élire des gens pour cela. Comme l’a si bien dit le joueur russe Archavine après l’élimination de son équipe à l’issue des phases de poules, ce sont les attentes projetées sur les joueurs qui sont problématiques, pas les joueurs.

Qui est en droit de juger où placer le curseur du « bon » Français , du « bon » exemple ? Combien de supposées victoires pour avoir le droit d’être aimé ? La supposée image de l’équipe de France existe-t-elle ailleurs que dans les médias qui en vivent ? A quel moment a-t-on mérité son statut, son salaire, sa notoriété ? Pourquoi la faculté à résister au stress ou la capacité à prendre des décisions dans l’instant sur un terrain serait moins valorisée que dix années d’études ? On juge une société à la façon dont elle traite ses perdants. En cas de défaite face aux Espagnols, on saura un peu plus dans quel pays nous vivons.

 

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