On se fait une p’tite clope ?

La pause cigarette rassemble plusieurs fois par jour les accros à la nicotine.Rituel convivial ou vraie nuisance pour la santé de l’entreprise , » Clope.  » Quand Bruner, du bureau d’études, reçoit ce mail lapidaire de Patrick Costa, son collègue de la prod, il quitte immédiatement son poste sans même prendre la peine de répondre et se dirige vers la sortie. Costa l’attend devant le bâtiment et lui tend une cigarette. Souvent, ils discutent avec nostalgie de l’époque, les années 80, où un nuage de fumée bleue planait dans les salles de réunion. Oui, le tabac a un jour été autorisé dans les entreprises !

Michel Bruner est un  » arrêteur  » typique. Il peut vous parler des heures durant des vertus comparées des techniques antitabac en allumant cigarette sur cigarette. Il a testé successivement le patch ( » Très irritant pour la peau « ), le laser ( » Attention, il faut un très bon praticien « ), l’acupuncture ( » On n’a plus du tout envie de tabac durant au moins les dix minutes suivant la séance « ), les cigarettes sans tabac ( » Cigarette sans tabac : cherchez l’erreur ? ! « ) et même la psychothérapie comportementale ( » De quoi il se mêle ce psy ? « ). Mais la seule méthode qui lui permet réellement de limiter sa consommation, selon ses collègues, c’est celle du  » je fume les cigarettes des autres « .

smoking meeting

Au marketing, on a la cigarette plus conviviale. La pause clope a même été rebaptisée  » smoking meeting  » et Sanchez, le patron du service, considère que ce rituel relève du team building informel, plutôt profitable à la marche des affaires. Les non-fumeurs se joignent parfois au groupe  » pour prendre l’air  » et certaines décisions historiques se sont prises là, sur le parking devant l’entrée principale.

Le Guilloux, le directeur des ventes, se la joue davantage cubaine. Après un bon déjeuner, il s’autorise parfois un havane, qu’il déguste dans son bureau, fenêtres grandes ouvertes (fumer le cigare seul sur le parking nuirait à son standing de chef de meute). Malgré la législation, personne n’y trouve rien à redire, personne n’a jamais osé en tout cas. Jusqu’au jour où les volutes de son Montecristo n° 4 sont parvenues jusqu’au détecteur de fumée : déclenchement de l’alarme et évacuation immédiate de tout le bâtiment. A chaque exercice anti-incendie – on les a rebaptisés depuis cet épisode  » alerte Le Guilloux  » -, toute l’entreprise se remémore cet épisode qui a largement contribué à forger la légende Le Guilloux.

RTT tabagiques

Martine Vlaminck-Moretti, la DRH, a vraiment pris la mesure du problème quand elle a demandé à la sécurité le listing quotidien des entrées-sorties avec badge. Elle a calculé que le tabac  » coûte  » à l’entreprise une centaine d’heures de travail par mois. Elle a même mis un nom sur le phénomène : les  » RTT tabagiques « . Aussi a-t-elle décidé de lancer un programme de sensibilisation consistant à afficher dans les services les messages d’avertissement que l’on retrouve sur les paquets de cigarettes. A la DAF, composée majoritairement de femmes,  » Fumer nuit à la santé de votre enfant « . Au service commercial, fief de Le Guilloux,  » Fumer réduit l’afflux sanguin et peut provoquer l’impuissance « . Le Guilloux l’a pris comme un affront personnel.

Allez, on arrête ?

Extrait des échos magazine

 

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