One man chaud

Benoît Paire

Extrait de l’Equipe du 30 mai 2012, par Frédéric Bernès.

Créatif, foufou, guerrier, bavard: Benoît Paire a mis le feu au court n°2 et éteint Albert Ramos (7/6.6/4.6/7.6/3). Sa première victoire à Roland-Garros fut digne du personnage.

Vous n’avez jamais vu jouer Benoît Paire. Très bien. Et comment faites-vous pour vivre sans? On devrait d’ailleurs plutôt dire: vous n’avez jamais entendu ni vu jouer Benoît Paire. Avec l’Avignonnais, il y en a autant pour les yeux que pour les oreilles. Pendant que Paire joue, radio Paire ne cesse jamais d’émettre. Quand on a la chance, comme hier, d’être assis au ras du court n°2, à trois mètres de son coach, il ne faut évidemment pas en perdre une. Ouvrons vite les guillemets.

Nous sommes à la fin du premier set. Paire a mené 5-3, 30-0 et puis, et puis le bug. Deux doubles fautes, une cochonnerie en revers ( et pourtant, quelle merveille son revers!) et une amortie qui ressemble trop à un lob pour être honnête. C’est le débreak avec du papier cadeau autour.  » je ne comprends comment j’ai fait pour perdre ce set », sécrie alors Paire. Sauf qu’il ne l’a pas perdu! Ramos doit encore servir à 6-5 pour lui. M’enfin, pourquoi cette phrase?  » Mais oui,  je savais qu’il n’était pas fini, le set! Et je me suis battu comme un fou (il le gagna au tie break). Je suis sensible et c’est ma façon de me rassurer. Je ne pense pas ce que je dis ». Plus tard, il dira, il à propos de Mme l’arbitre:  » Comment ut veux qu’elle change une décision en ma faveur? Elle m’a arbitré douze fois et je l’ai saoulée douze fois! » Paire n’est pas malade mais il se soigne quand même.  » Le pire, c’est que je parle vachement moins qu’avant. »

Avec Paire, la discussion revient toujours à ce « avant ». Avant, quand il fracassait des raquettes. Avant, quand il faisait exprès de se faire disqualifier en finale d’un championnat de France et sortait sous les huées de Roland-Garros.  » Avant, quand il ne faisait pas corder ses raquettes; avant, quand il n’avait pas les bonnes chaussures, complète Lionel Zimbler, son coach. J’en ai entendu des vertes et des pas mûres quand je l’ai récupéré (Paire s’est fait virer du CNE). Faut y aller petit à petit. Je ne l’agresse pas. Si aujourd’hui, dans la même semaine, il nous fait cinq repas normaux et deux McDo, c’est magnifique. »

Un jour, Benoît Paire avait dit qu’il ne serait jamais un pro normal.  » J’essaie de m’en rapprocher, mais pas trop. Je veux garder ma folie. Elle peut m’aider. Mais c’est révolu, le temps où j’allais jouer un match avec juste un coca dans le ventre. Hier, j’ai mangé des pâtes. Avant j’aurais bouffé un McDo. Résultat: c’est Ramos qui a « crampé ». Pourtant, je pense que Ramos est mieux que moi physiquement. » Exact, Ramos a « crampé ». C’est arrivé au début du quatrième set. Pile le moment (le seul) où on s’inquiétait pour Paire. Il menait deux sets à rien et avait eu deux balles de 5-3 au troisième. Il avait bien sauvé quatre balles de set à 5-6mais perdu le tie break.  » Et puis j’étais mené 15-40 d’entrée de quatrième. Et là, je suis fier de ma réaction. Avant, j’aurais pet-être coulé (avant, encore avant). C’est ma première victoire à Roland. Le plus beau moment de ma carrière. Dans le vestiaire, il n’y a que des vainqueurs français. Je ne voulais pas rater le wagon. J’ai pris un plaisir de dingue. Tellement que, juste avant la balle de match, j’ai failli pleurer. J’ai croisé le regard de mon coach, de ma mère, de mon père… »

Quand il était petit, ses copains devaient tous vouloir être pompiers et lui pyromane. C’est un fait: Paire est une sorte de joueur YouTube. Un Canto à raquette (ils ont le même port de tête, droit, très droit). Dans chacun de ses matches, il y a des points à mettre sous verre et des moments de théâtre. « La ola sur le court, les gens debout après un beau point, les  » merci Benoît » chantés à la fin, détaille Philippe Weiss, responsable tennis ches Nike et donc sponsor de Paire. Benoît donne. Il donne des points et des émotions. Y a échange, et même identification parce que les gens aiment aussi ses faiblesses. Il a tout: il est mignon, il a un beau jeu, il a du charisme, de la répartie et il n’est jamais dans l’arrogance. Avant qu’on oublie, on aimerait bien savoir ce qui serait le plus difficile pour lui entre faire un set sans parler ou faire un set sans jouer une seule amortie.  » C’est impossible ce que vous me demandez! » On lui soumet alors le fameux théorème dit « théorème de Gilles Simon », qui dit qu’il ne faut jamais tenter un coup en toucher sur un point important.  » Ouh là, Alors c’est que je ne suis pas fait pour le tennis, rigole Paire, 69 éme  mondial à vingt-trois ans. Si je dois affronter Gilles, je lui en ferai plein! J’ai besoin de faire des points foufous. » » Il faut le laisser créer du jeu, dit Zimbler. Si tu l’enfermes dans des schémas-diagonales ceci, diagonales cela-, il sera triste sur le terrain. Contre Ramos, il a retranscrit 90% de ce qu’on avait décidé avant le match. Il est allé au combat, il a été juste tactiquement. Cette saison, il a battu Chela, Ferrero, Nieminen, Garcia-Lopez, Andujar, Fognini et Ramos (38éme, finaliste à Casablanca, demi-finaliste à Estoril et Sao Paulo cette saison). Que des valeurs sûres du circuit. » Il ne va donc pas être déçu de la suite. Parce que la suite, c’est David Ferrer.

 

 

 

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