Pas de trêve pour les entraîneurs

Paul SmithChronique de Sport & forme, journal du Monde du 26 Novembre 2011.

Par Paul Smith.

J’entends qu’en France le nouvel actionnaire qatarien du PSG veut déjà se séparer de son entraîneur alors que le club est en tête du championnat, une joie que les supporteurs parisiens n’avaient pas connue depuis très longtemps.

Noël approche et, dans le monde du football anglais, beaucoup de managers de clubs commencent aussi à s’inquiéter pour leur avenir. Les quatre mois écoulés depuis le début de la saison ont largement suffi aux propriétaires de clubs et aux administrateurs pressés d’obtenir des résultats pour se faire une idée de la valeur d’un homme, tandis qu’il reste suffisamment de matches à venir pour qu’un nouvel entraîneur, pensent-ils, puisse mieux faire. Il règne une énorme pression dans le football aujourd’hui, aussi bien chez les gosses qui tannent leur père pour qu’il leur achète le nouveau maillot – et le maillot extérieur, et puis le nouveau maillot européen – que parmi les propriétaires de clubs et leurs administrateurs. Les licenciements interviennent désormais si tôt dans la saison que les joueurs arrivés durant l’été ont à peine le temps de faire connaissance avec leurs nouveaux coéquipiers, sans même parler d’arriver à mettre au point un système de jeu avec eux.

Deux anciens entraîneurs de l’équipe nationale d’Angleterre, Steve McClaren et Sven-Goran Eriksson, ont quitté au mois d’octobre leurs fonctions au sein de leurs clubs respectifs, Nottingham Forest et Leicester City, alors qu’une douzaine de matches à peine avaient été disputés. Si on leur avait donné la possibilité de développer leurs idées sur une plus longue période, qui sait ce qui aurait pu se passer ?

Prenez l’exemple de Manchester United, dont Sir Alex Ferguson est devenu l’entraîneur il y a tout juste vingt-cinq ans. Il aura fallu attendre trois ans avant qu’il décroche un trophée, en l’occurrence une Coupe d’Angleterre. Aujourd’hui, il en aligne 37.

A l’époque où je me suis lancé dans les affaires, la règle communément admise était qu’il vous fallait suffisamment de liquidités d’avance pour faire tourner votre affaire pendant au minimum trois ans, et de préférence cinq.

Ma première boutique n’ouvrait que deux jours par semaine, le vendredi et le samedi. C’était un lieu assez inhabituel, en tout cas pour l’époque, avec des tas de produits que vous ne trouviez nulle part ailleurs, comme des vêtements créés par ma compagne Pauline ou des Levi’s 501 importés de New York.

Comme je tenais à préserver l’authenticité de mon magasin, sans aucun compromis, je travaillais en free-lance pour d’autres couturiers du lundi au jeudi, ce qui me rapportait de quoi gérer mon affaire. Peu à peu, les gens ont commencé à venir de villes voisines – y compris de Londres, distant de plus de 200 km – et bientôt je vendais des vêtements à Eric Clapton et Jimmy Page.

Quinze années se sont écoulées avant que je me sente en mesure d’abandonner mes derniers travaux en free-lance. Mais, moi, je n’avais pas de président sur le dos, ni d’investisseurs exigeant un profit rapide.

Je peux comprendre les raisons pour lesquelles le football est tel qu’il est aujourd’hui, mais savoir garder son sang-froid est parfois le meilleur moyen d’obtenir ce que l’on souhaite.

Laisser un commentaire