PAS DE VACANCES ? ON SE LÂCHE QUAND MÊME !

D’un côté, ceux qui partent en congés avec plage et farniente au menu. De l’autre, ceux qui restent et qui tentent d’en profiter…

Patrick Costa, du bureau d’études, profite d’une semaine de décalage avec les vacances de sa femme pour retomber en adolescence. Il adopte à nouveau ses pratiques alimentaires préférées : celles d’un étudiant en examen. Boîte de crabe Chatka (vous savez les miettes emballées dans le papier blanc), yaourt à boire, pâté Hénaff, Kiri… Tout ce qu’il ne mange plus depuis une petite quinzaine d’années -son épouse est une fervente adepte du « 5 fruits et légumes par jour » -y passe. A consommer devant la télé, affalé sur le canapé de préférence.

Il faut le voir, Costa, à la superette du coin (il y va chaque soir : surtout ne rien prévoir), tel un gosse bénéficiant d’un crédit illimité dans un magasin de jouets : Nutella ou crème de marron ? Yop coco ou jus d’ananas ? Chips goût barbecue ou cacahuètes soufflées ? Raviolis en boîte ou crêpes surgelées champignons-fromage ? Le plus dur, c’est de choisir parmi ces fleurons de la junk food. Tout juste ressent-il une légère frustration en découvrant que ses défunts Treets ont été remplacés par les m&m’s, bien moins savoureux et que les Raiders (« deux doigts coupe-faim ») s’appellent désormais Twix. Heureusement, il retrouve ses marques au rayon Haribo, d’une exemplaire longévité.

Costa est sorti de cette parenthèse enchantée avec quelques mauvais kilos en plus et la peau d’un ado bourgeonnant. Mais quel plaisir ! Quelle cure de jouvence ! Il est d’attaque pour affronter une nouvelle année de travail et les soupes « Détox » que ne manquera pas de préparer son épouse.

Le Guilloux, le chef des ventes, aborde cette période avec davantage de stratégie : il a envoyé femme et enfants chez ses parents à la campagne et fait le voyage tous les vendredis soir pour les retrouver. Traduction : « Les filles, pendant tout le mois d’août, je suis célibataire du lundi au jeudi soir. »

L’opération se déroule en trois temps :

1. Faire circuler le message dans toute l’entreprise, on ne sait jamais.

2. Elargir le champ de prospection pour identifier les « contacts à potentiel » comme il dit.

3. Fréquenter des lieux propices aux rencontres.

Face à ses premiers échecs, Le Guilloux passe vite à l’étape 3. Après le travail, il écume les jardins publics un livre à la main. Il pense acheter un Marc Lévy mais, sur les conseils du libraire, opte pourL’Attrape-coeurs, de J. D. Salinger, qui lui permet de cibler plus jeune. Il adapte sa tenue aussi : trois boutons ouverts à sa chemise, loafers portés à l’italienne, Ray Ban Aviator et montre oversized. Le tout disant : « Je suis libre, je suis cool, j’ai de l’argent. »

Après quelques jours de recherche, Gabriela, une belle hollandaise, l’aborde. « Oh, vous lisez L’Attrape-coeurs ? Pourriez-vous nous héberger quelques jours ? », lui demande-t-elle avec un fort accent. « Avec plaisir », répond Le Guilloux, qui met le « nous » sur le compte de la méconnaissance du français. Résultat : Gabriela et deux de ses copains pendant quinze jours à la maison. Un enfer pour les déloger. « Tiens, tu as acheté un livre, chéri ? », s’étonne juste sa femme au retour.

Extrait des échos magazine
ERIC VILLEMIN

 

 

 

 

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