Quatre commandements estivaux

Pour les collaborateurs qui restent, le départ en vacances du chef est synonyme de consignes drastiques et de reporting incessants.

Le Guilloux, le directeur des ventes, a toujours refusé d’utiliser le mot « vacances », bien trop dilettante eu égard à son statut. Surtout, le terme pourrait faire référence à une éventuelle perte de leadership, comme dans « vacance du pouvoir », ce qui lui est proprement insoutenable.

« Pause » ? L’évocation du « Rien ne se passe quand je ne suis pas là » le séduit mais il craint que cela ne soit interprété comme le signal d’un relâchement coupable de la part de ses collaborateurs. « Congés » ? Vraiment trop « fonctionnaire » et souvent associé à « sans solde », ce qui pose -là-encore -problème. « Repos » ? Pas mal, car le terme sous-entend « Je le mérite car je bosse comme une bête », mais le côté « Je ne fous rien pendant trois semaines » ne colle pas avec le personnage.

Mon break

Non, le plus approprié est définitivement « break ». Outre le fait que la formule lui rappelle sa voiture adorée (une Mercedes C familiale 270 CDI, noir métal, toutes options), « break » fait très anglo-saxon, donc très management, donc très Chief Sales Officer, donc très Le Guilloux.

Il ne lui reste plus qu’à rédiger son rituel mail de recomandations intitulé « mon break » à l’ensemble de ses collaborateurs et à son assistante, Janine. L’exercice consiste, en gros, à communiquer une idée-force : « Je ne suis pas là à partir de demain et que personne ne s’avise d’en profiter. »

Voilà ce que cela donne, en ce 1er juillet, 21h13 : « Comme vous le savez, je pars ce soir pour un break estival. Je voulais à cette occasion vous passer quelques consignes :

1. Vous pouvez me joindre à tout instant :

-http://twitter.com/alguiloux

-http://www.facebook.com/leguilloux

-http://www.linkedin.com/in/alainleguilloux

-Skype : legui_kenavo

-Mail pro : leguilloux@ mafflier-sa.com

-Mail perso : legui22@laposte.net

-Téléphone : 06 78 01 02 03

Donc, ne venez pas me dire que vous n’avez pas réussi à me joindre avant de prendre une mauvaise décision.

2. Laissez le service dans l’état où vous l’avez trouvé. Les velléités de réforme, de rapprochement avec le marketing ou toute autre initiative à caractère « structurel » attendront mon retour. Voir ci-dessus en cas de doute.

3. L’été, on ne s’arrête pas de vendre. Je vous rappelle notre devise : « Un bon objectif est un objectif explosé. » Je tiens à ce qu’elle s’applique également en juillet et en août. Janine, il faudra me faire passer les tableaux de reporting à la fin de chaque semaine.

4. Merci de me prévenir si vous constatez un quelconque manquement aux points 1, 2 et 3. Bon break à tous et à bientôt en grande forme. »

Extrait des échos magazine

ERIC VILLEMIN

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