Rituel budgétaire : sortez les boules de cristal

Ou comment préparer le budget 2010 dans le brouillard de la conjoncture et des prévisions de reprise, façon V, L ou W.

Postulat de base. L’entreprise est un monde à l’exact opposé du concours Eurovision de la chanson : d’année en année, il faut faire plus, mieux, et moins cher. Pas simple en temps normal, mission quasi impossible quand la conjoncture économique est à la fois infecte et totalement imprévisible, ambiance brouillard de novembre au pays de Galles. Reprise énergique forme de V ? Palier bas façon L ? Rodéo en W ? Au fond, personne n’en sait rien et le rituel du budget 2010 qui s’ouvre s’annonce ?comment dire, nostradamusien.

En matière budgétaire, on distingue généralement deux grandes familles : les dépensiers et les gagneurs. Sanchez le directeur des ventes, costume italien et montre oversized, se plaçait définitivement dans la seconde catégorie. Chaque année, il démarrait le rituel budgétaire en réunissant ses chefs de département pour disait-il « sentir vibrer le marché », tel le lieutenant –colonel Kilgore d’Apocalypse Now humant l’odeur du napalm au petit matin. Puis l’exercice se faisait plus macroéconomique. Note de conjoncture ,impact du virus A(H1N1) sur la consommation ,prévision d’inflation de la BCE ,moral des ménages…Avec le concours de Le Guillou du marketing ,il faisait chauffer ses matrices Excel pendant des jours pour arriver à une conclusion : « le chiffre d’affaire va progresser de +0,3% en 2010 »(notez au passage la forte charge émotionnelle du signe +).

A la direction générale, c’est du caractère scientifique de l’exercice dont on se permettait parfois de douter. On soupçonnait Sanchez de délit de pifométrie et, surtout, on connaissait sa propension à la sous estimation. Le calcul, quoiqu’un peu grossier, était jugé malgré tout payant par Sanchez. Minorer les objectifs 2010 lui permettait de :

  1. faire baisser la pression,
  2. se réserver la possibilité de fanfaronner en cas de  bonne surprise conjoncturelle (Sanchez l’homme par qui la reprise est arrivée),
  3. accessoirement, toucher la part variable de sa rémunération.

Du côté des dépensiers, le « plus, mieux, moins cher ».Aussi, Dumont, le directeur de la production qui en 20 ans de maison avait survécu à la crise de la guerre du golf et à l’explosion de la bulle Internet, a-t-il abordé la préparation budgétaire sur la défensive. Son truc à Dumont, c’était le « ils ». « ILS me réclament des économies » ; « ILS disent que la crise est une occasion formidable de se réinventer » ; « ILS veulent que je m’adapte aux chiffres de Sanchez ».Dumont a bien planqué quelques cagnottes dans ses colonnes « divers/charges de production »mais il a beau mouliner les chiffres : « ILS »lui demandent de faire plus, mieux et moins cher. Courage, Dumont, elle finira bien par arriver cette reprise !

Extrait des échos magazine

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