Saga Africa

Yannick NoahExtrait de Sport & Forme, Le Monde du 28 janvier 2012.

Avant de chanter au Bourget, j’ai passé quelques jours à Yaoundé. Ça rime, mais pas seulement. Cette année, le Cameroun ne participe pas à la Coupe d’Afrique des nations (CAN), au Gabon et en Guinée équatoriale. Les Lions indomptables n’ont pas réussi à se qualifier. C’est dommage. A chaque fois qu’ils jouent, c’est une grande fête dans tout le pays.

Historiquement, le Cameroun s’est développé avec les musulmans au nord et les catholiques baptistes au sud. Dans les rangs de la sélection, les confessions font équipe. J’en ai été témoin quand j’intervenais auprès des Lions, en 2005, aux côtés d’Artur Jorge. Avant chaque match, les joueurs musulmans et catholiques se réunissent au centre du vestiaire et prient ensemble. C’est peut-être pour ça qu’aujourd’hui le Cameroun est l’un des rares pays africain encore en paix.

En politique comme en sport, on se prépare pendant des années

Je crois au rassemblement par ma double culture. Parfois le Français aide le Camerounais, parfois le Camerounais aide le Français. Il n’y a eu qu’un match de foot entre la France et le Cameroun. C’était en 2000, au Stade de France. Ce match reste un souvenir très pénible pour moi. J’étais en tribune, entre ma mère, française, et mon père, ancien joueur des Lions. En bas, sur le terrain, c’est David Douillet, l’incarnation même de l’interculturalité franco-camerounaise, qui a donné le coup d’envoi de la rencontre ! J’avais envie de mourir. La France a ouvert le score. Quand le Cameroun a égalisé, j’étais rassuré.

J’ai vécu à Yaoundé, à Nice, à Paris, à Montreux, à New York et j’habite aujourd’hui dans les Yvelines. N’en déplaise à certains, que je gagne ou que je perde, que je joue au tennis ou que je chante, j’ai toujours été français. Je suis un citoyen de ce pays, je vote et je suis libre d’exprimer mes opinions – dans cette chronique – comme de donner un concert en faveur du candidat socialiste à l’élection présidentielle. En politique, comme en sport, on se prépare pendant des années, et quand la compétition approche, on commence à jouer petit bras, la peur de perdre s’installe. Or, ce n’est vraiment pas le moment de refuser l’obstacle. Comme les Bleus au dernier Mondial, l’équipe actuelle a perdu tous les matches, elle a largement prouvé qu’elle n’avait pas le niveau. Il faut changer d’entraîneur, de capitaine et de staff pour rassembler.

Car ça ne sert à rien de pointer du doigt les « caïds immatures », comme l’a fait l’ancienne ministre des sports, Roselyne Bachelot, pour expliquer le fiasco des Bleus au Mondial en Afrique du Sud. Comme ça ne sert à rien de diriger un pays en mettant en avant les différences de religions ou de couleurs.

Pendant la Coupe du monde 1998, la France a vécu un rare moment de communion. Le rassemblement « black blanc beur », c’était un moment éphémère mais merveilleux : on avait enfin réussi à réunir toutes nos forces.

Certes, ce n’est pas une victoire ou une équipe qui va changer un pays. Mais l’exemple du Cameroun – et de ses Lions – qui, malgré la crise, reste uni, est pour moi une source d’inspiration. Nous n’avons pas le choix, nous sommes obligés de vivre les uns avec les autres. Comme au foot, on gagne ensemble et on perd ensemble.

Yannick Noah

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