Salvatore Sirigu, l’ange gardien

Salvatore Sirigu

Il a séduit Paris par sa vitesse d’adaptation, ses arrêts et son implication. Portrait d’un gardien altruiste et concerné.

Article de Damien Degorre, L’équipe du 10/02/12.

son épaisse chevelure brune, son envergure et l’assurance qu’il dégage ont alimenté, les comparaisons avec Walter Zenga, l’ancien gardien de l’inter Milan, à l’est des Alpes. a l’ouest, sa faculté à apprendre le français et les exploits réalisées avec le PSG ont conquis le Parc des Prince, séduit ses coéquipiers et étonné ceux qui n’avaient jamais entendu parler de Salvatore Sirigu, le Sarde Solidaire, avant juillet 2011. Depuis, ils sont nombreux à l’avoir entendu parler, un plus à l’avoir vu jouer, et tous, sous le charme, conviennent que Paris a réalisé le bon coup de l’été dernier en l’achetant à Palerme 3,5M€ pour quatre saisons.

En six mois, Sirigu a étalé une capacité d’adaptation étonnante. A la ligue 1, d’abord, dont il est devenu le meilleur gardien assure Kevin Gameiro. Ses parades ont aisément ramené neuf points au PSG depuis le début de saison. Armé de son crédit sportif, la doublure de Gianluigi Buffon, le gardien de la sélection italienne, n’a pas hésiter à monter au front cet hiver, lors de l’éviction d’Antoine Kombouaré, pour sauver la tête de Gilles Bourges, l’entraîneur des gardiens. Je sais qu’il a dit à Gille qu’il aimait travailler avec lui et qu’il voulait continuer comme ça, raconte Yves Bertucci, alors adjoint du technicien kanak. Un coup de fil à Leonardo a réglé le dossier.

Altruiste et sensible, Sirigu l’est aussi avec ses coéquipiers. C’est un bon partenaire, dit Mevlut Erding, parti en janvier à Rennes. Parfois, il me voyait triste et me disait: il faut que tu sois costaud, que tu t’accroches, que tu crois en tes qualités. Proche de Javier Pastor, dont il fut coéquipier à Palerme, il n’a pas hésité à recadrer l’argentin à la fin de l’automne. Il a été objectif avec lui, précise Bertucci. Il l’a encouragé, lui a dit les choses, mais ce n’est pas le genre de personne à caresser pour faire plaisir.

Le respect que le sarde inspire est lié à l’investissement qu’il déploie pour s’intégrer dans un pays qu’il n’avait visité que quelques jours, lors de vacances familiales. Dès son arrivée à Paris, il a souhaité s’exprimer en français. Pas de professeur à domicile mais une application sur son smartphone qu’il utilisait à volonté: dans les vestiaires, avant l’entrainement, à l’hôtel, pendant les mises au vert ou dans le bus, sur le chemin du stade. En trois mois, il tenait une conversation. En six, il acceptait l’interview d’une radio, en direct, par téléphone. Mais ce n’est pas difficile, le français ressemble à l’italien, s’excuse-t-il presque.

Maintenant, son smartphone lui sert surtout à envoyer des SMS à sa petite amie, une française rencontrée dans un restaurant de la porte Maillot où il avait pris quelques habitudes pendant son célibat. « il est grave amoureux », plaisante l’un de ses partenaires. au point que l’italien pas bagarreur sorte de son Austin Mini Cooper lorsqu’un homme en scooter jette un regard appuyé à sa compagne à un feu rouge, sur l’avenue principale de Neuilly, où il réside. Un coup de casque sur la tempe l’a couché, avant que l’agresseur prenne la fuite.

D’une certaine manière, la France lui a déjà beaucoup donné, comme dirait son compatriote Alberto Tomba au moment d’évoquer une relation amoureuse, et Sirigu se plaît dans sa nouvelle vie. Il n’oublie pas sa Sardaigne natale, celle qu’il appelle « son pays », où il est né il y a vingt-cinq ans et où il a conduit sa nouvelle amie pendant la trêve de Noël. Dans la famille Sirigu, issue de la classe populaire, le petit frère-un ailier gauche-jouait aussi à Palerme avant d’être transféré l’été dernier à Budoni (série D), alors que l’aîné lui inculqué la ferveur de l’Inter Milan. Il éprouve aussi une affection particulière pour le FC Sankt Pauli, un club de Hambourg-où son aîné a vécu-classé à gauche et connu pour son engagement contre le racisme, le sexisme et l’homophobie. « en revanche, il déteste l’AC Milan à cause de Berlusconi », dit l’un de ses proches.

Dans son village de la Caletta, où il a cultivé sa passion des chevaux, Sirigu a pu dévoiler à sa parisienne le terrain où ,il découvert le foot et le rôle de gardien de but. Parce qu’il jouait avec des enfants plus âgés, qui ne lui ont pas laissé le choix du poste, et parce qu’il avait de l’asthme. Il a quitté son île à quinze ans, direction Venise, où il a été formé. Trois ans plus tard, c’est en Sicile, à Palerme, qu’il flirte avec l’élite, comme troisième gardien. Prêté à Cremonese (Serie C1, niveau 3) puis à Ancône (Serie B), il s’impose comme le numéro 1 en douceur, à l’aube de la saison 2009-2010, de la même manière qu’il a éteint la concurrence au PSG l’été dernier.

Pas flambeur, accessible et disponible, Sirigu, surnommé « Adamo » par le vestiaire parisien sur proposition de Christophe Jallet, s’est fondu dans le paysage parisien avec une facilité déconcertante. Quand Pastore passe comme une éclipse au Camp des Loges, lui débarque avant tout le monde, prend son café avec Zoumana Camara, discute avec tout le personnel, s’intéresse à la vie des autres et n’oublie pas ses anciens coéquipiers. « Cette saison, après les matchs de Palerme, il me demande toujours comment ça s’est passé pour l’équipe, pour moi, raconte Federico Balzaretti, le défenseur de Palerme. C’est un ami très cher. On passe aussi beaucoup de temps ensemble lors des rassemblements de l’équipe d’Italie. J’espère que nous irons tous les deux à l’Euro 2012. »

 

 

 

 

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