Question d’indice, par Arnaud Tsamere

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Radamel Falcao rejoint l'AS Monaco pour un montant estimé à 60 millions d'euros.

Extrait de Sport & Forme, journal du Monde, par Arnaud Tsamere.

J’accepte volontiers de changer d’avis, mais pour cela il faut prendre la peine de bien m’expliquer les choses.

Notre Ligue 1 est dévalorisée, les clubs français ne sont pas assez attractifs, le niveau de jeu est décrié, les stades ne sont pas assez remplis, pas assez de spectacle sur la pelouse et dans les tribunes, notre indice UEFA ne cesse de chuter au point que, bientôt, les bus de nos meilleurs clubs seront obligés de faire trois préliminaires de rond-point avant d’entrer dans leur propre stade.

Et pourtant des passionnés veulent y croire et changer les choses. Efficacement. Faire du championnat français une vitrine en Europe et dans le monde.

Partant du constat que la France est le seul pays à ne pas avoir sa capitale représentée dans le gotha du football européen ou qu’un club historique comme Monaco (sept fois champion de France) ne peut décemment pas continuer à jouer en Ligue 2, ces passionnés vont agir.

Le problème est qu’ils sont qataris ou russes, et milliardaires. Et ça, c’est gênant. On ne sait pas bien pourquoi mais on ne se sent pas à l’aise entouré de ces gens qui ne partagent pas notre crise économique et la prétendue morosité ambiante.

ON DEVRAIT REMERCIER LE PRINCE

Alors la mauvaise foi se met en route. On aurait par exemple dû savourer chaque minute passée par Beckham à Paris. Au lieu de cela, on a pointé du doigt le coup marketing de son transfert et son niveau sur le terrain, on a bien ri de sa glissade en costume lors de son déplacement en Chine. Et puis, le jour où il sort du terrain en pleurant, on réalise qu’on vient de perdre une des légendes du foot mondial. Et on se dit qu’on en aurait bien repris une petite tranche de douze mois.

On devrait remercier le prince de nous offrir la présence de Thiago Silva, Ibra et consorts, se souvenir de Leonardo sous le maillot de Paris et louer son amour intact du même maillot au point de toujours être en première ligne pour protéger le groupe comme le faisait Domenech avec son ingérable équipe de France. Alors oui, il est arrogant et méprisant. Oui, il bouscule les arbitres : c’est pour embrasser leur maillot, de l’amour je vous dis ! Mais quitte à choisir je prends Leo avec tous ses défauts et je me régale de la feuille de match de Paris tous les dimanches.

Aujourd’hui, c’est au tour de Monaco. Qu’est-ce qu’on pourrait bien inventer ? Tiens ! on va remettre en cause leur statut fiscal qui pourtant nous allait très bien quand le club atteignait la finale de la Ligue des champions en 2004.

Arrêtez-moi si je me trompe, mais, même en imposant Monaco au maximum, ils auront de toute façon une force de frappe supérieure à n’importe qui et joueront le titre avec Paris. Alors est-ce qu’on ne les laisserait pas tranquillement remonter notre indice UEFA et permettre à Lille d’être à l’avenir en Coupe d’Europe en terminant 6e du championnat ?

Quand j’entends le président de Nancy dire qu’avec un peu de chance Monaco restera relégué en Ligue 2 et que le club lorrain sera sauvé, je réponds non, cher président lorrain, votre descente en Ligue 2 vous l’avez brillamment méritée et sans que le système fiscal de Monaco y soit pour quoi que ce soit…

Perso, je préfère voir Thiago Silva défendre sur Falcao plutôt que sur Alo’o Efoulou, l’attaquant de Nancy. Nan mais Alo’o, quoi…

 

Jude Law, j’ai toujours été un fondu de sport.

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Texte : Yves Bongarçon / Photos Simon Emmett. Extrait de Sport & style. OBNUBILÉ PAR LE SPORT ET LE STYLE, ÉGÉRIE DU PARFUM DIOR HOMME SPORT, JUDE LAW EST LE MIX ENTRE UN GENTLEMAN BRITISH ET VOTRE MEILLEUR POTE. ISSU … Lire la suite

Argentine : le coût du football pour tous

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Boca Juniors Juan Roman Riquelme

Extrait du Monde.fr.

En août 2009, il y a trois ans, le gouvernement argentin de Cristina Kirchner procédait à une « nationalisation » originale : celle des transmissions de football.

L’idée a germé dans la tête de l’ancien président, Nestor Kirchner, qui continuait à fonctionner en tandem avec son épouse : le « couple présidentiel », disait-on à Buenos Aires.

A l’origine, c’est le groupe média Clarin – devenu par un retournement de situation l’ennemi numéro un des Kirchner – qui détenait les droits de transmission sur une chaîne câblée. A l’époque, l’Association du football argentin (AFA) réclame davantage pour renflouer les clubs, la plupart au bord de la faillite. Clarin juge l’addition excessive. Nestor Kirchner voit la chance de faire d’une pierre deux coups. L’Etat fait une offre à l’AFA et affaiblit par la même occasion Clarin.

Le nouveau programme est baptisé « Futbol para Todos » (Football pour tous), il passe sur une chaîne publique et peut être repris sur les chaînes de province à condition de ne pas y toucher (ni de retrancher, ni d’ajouter.) C’est un paquet cadeau, à prendre ou à laisser.

Pour les Argentins, passionnés du ballon rond, c’est tout bénéfice. Désormais, on supporte gratis, chacun chez soi, bien à l’abri des « barras bravas » (ces mufles qui infestent les stades de la planète) et des intempéries.

L’Etat devait retrouver ses billes grâce à la publicité. Seulement voilà, à l’exception d’une seule pub privée, le bas de l’écran et les spots sont monopolisés par la propagande gouvernementale, institutionnelle ou d’entreprises publiques. Et le foot sert d’appât au principal programme politique de la chaîne gouvernementale, 6, 7, 8, un sommet de manipulation et de diffamation, qui rappelle la télévision cubaine.

Le quotidien La Nacion a relancé la polémique sur « Futbol para Todos » en publiant le coût de l’opération depuis trois ans : 4 milliards de pesos (720 millions d’euros). Ce chiffre se décompose en droits versés à l’AFA, valeur de la publicité officielle et dépenses de production, diffusion ou commercialisation. La source ? Le Journal Officiel et les chiffres d’affaires des maisons de production ; les tarifs de pub annoncés par « Futbol para Todos » ont permis de faire une estimation.

Malgré l’opacité ou les tergiversations qui règnent sur les comptes et sur les statistiques en Argentine, les 4 milliards n’ont pas été contestés. En revanche, le calcul fait par La Nacion sur les investissements sociaux qui auraient pu être faits avec une telle somme, a été jugé  « démagogique » par les partisans des Kirchner.

« ‘Futbol para Todos’ a démocratisé un bien culturel », affirme ainsi le sénateur péroniste Daniel Filmus. Et de citer en exemple le budget du somptueux théâtreColon, à Buenos Aires (185 millions de pesos par an), dont la programmation concerne une minorité, sans qu’elle soit remise en cause pour autant.

Les dividendes de l’opération devaient renflouer les caisses des équipes argentines. Or, les clubs ne sont pas sortis de l’ornière. De là à penser qu’une partie des droits a été siphonnée…

La question mérite d’être posée : la dépense de l’Etat est-elle justifiée ou pas, dans une Argentine où un tiers de la population vit dans la pauvreté, où la santé et l’éducation ne sont plus ce qu’elles étaient ?

Les Argentins semblent vivre dans une bulle, dont la clé est le prix record atteint par le soja. Il y a cinq ans, la tonne de soja valait 250 dollars. Ce mois de juillet, elle a dépassé les 610 dollars. L’Etat tire une bonne partie de ses ressources de l’exportation du soja.

Alors, la vieille expression latine « panis et circenses » – du pain et du cirque pour satisfaire le peuple – pourrait se traduire en Argentine par « soja et foot ». Ce n’est pas du développement durable, certes, c’est plutôt : « pourvu que ça dure… »

Qui est vraiment Mario Balotelli ?

Mario Balotelli Photo: Jon Super/AP AP  Jon Super

Extrait de M le magazine du Monde.  Par Franck Berteau.

Un Italien avant tout

A l’âge de 2 ans, Mario Barwuah, né à Palerme, est confié à la famille Balotelli. Ses parents biologiques, ghanéens, ne peuvent plus s’en occuper. Aujourd’hui, il revendique son italianité et refuse d’être considéré comme le symbole d’une Italie multiculturelle.

Un buteur précoce

Rapide, costaud, buteur et dribbleur efficace, il séduit très tôt l’Inter Milan qu’il quitte en 2010 pour Manchester City. A 21 ans, il a déjà remporté trois championnats d’Italie et une Ligue des champions, et tout récemment le championnat d’Angleterre, étant lui même l’auteur du but du titre.

Un sale gosse

Sur le terrain, « Super Mario » ignore les consignes des entraîneurs et pousse à bout ses coéquipiers. En octobre 2011, il tire un feu d’artifice depuis sa salle de bains, provoquant un début d’incendie. Alors joueur de l’Inter, il avait osé revêtir à la télé le maillot du grand rival, l’AC Milan.

Un récidiviste

Ses mouvements d’humeur et ses vilaines « semelles » sur des adversaires lui valent cartons jaunes et rouges en pagaille. Le 10 avril, il est suspendu pour trois matches par la Fédération anglaise. Le coach italien de Manchester City, Roberto Mancini, le juge « indéfendable ». Cesare Prandelli, le sélectionneur de l’équipe d’Italie, hésite à l’enrôler pour l’Euro, en juin.

Une star ordinaire

A Manchester, le footballeur parade dans ses voitures de luxe mais, contrairement à ses coéquipiers, il va dîner dans des pizzerias des quartiers populaires, boit des bières dans les pubs de banlieue et assiste à la messe de Noël dans une église de quartier.

 

Mapou Yanga-Mbiwa: « Ce qui m’arrive, c’est magique »

Mapou YANGA MBIWA . Photo : Vincent Michel / Icon Sport

Extrait de l’Equipe du 19 mai 2012, par Jérôme Diesnis.

Il y a six mois, on le donnait partant à coup sûr. Mapou Yanga-Mbiwa s’interroge désormais ouvertement sur la suite de sa carrière. A vingt trois ans, sous contrat jusqu’en juin 2013, l’international Espoirs (7 sélections), né à Bangui (République Centrafricaine), découvre l’ambition avec son club formateur. Promu capitaine cette saison, appelé pour la première fois par Laurent Blanc, il revient sur cette fin de saison en forme de consécration.

« Tout arrive dans la même semaine. La ligue des champions, la convocation dans la préliste de l’équipe de France pour l’Euro et la possibilité de jouer le titre. C’est impressionnant, mais il faut savoir garder la tête froide et avoir des priorités. On a notre destin en main. Il reste un point à prendre pour bien finir cette saison. Je me projette surtout vers le futur et je me dis que ça ne peut être qu’un début pour faire encore mieux que ce que l’on fait actuellement. Personnellement, je veux repousser les limites et croquer la vie. J’ai envie de vivre ces moments-là avec Montpellier. Après Auxerre, je vais prendre le temps de réfléchir sur mon avenir. Cette saison, j’ai découvert certaines choses, j’ai essayé d’en soigner d’autres. Mais ce n’est encore que le Championnat. J’ai besoin de disputer des compétitions comme la ligue des champions pour m’affirmer. Aujourd’hui, je sais ce qu’il faut faire pour être bon en championnat, mais pas au très haut niveau. Le brassard m’ a aidé à progresser, car j’avais tendance à être dans mon coin. Là, je dois vivre et faire vivre le groupe, partager avec les autres. Le coach l’a fait pour m’aider dans mon approche du métier de footballeur. Je suis encore plus pro, plus strict avec moi-même et donc forcément avec les autres. Globalement, ça s’est plutôt bien passé pour moi, je n’ai pas eu trop de moments de galère. Et puis Cyril (Jeunechamp) et Romain(Pitau) m’ont bien aidé.

Mes entraîneurs successifs m’ont fait découvrir tous les postes de la défense. C’est impressionnant. Je ne sais pas comment ça leur est venu à l’esprit, mais ils ont tout planifié à l’avance. au fur et à mesure que j’avance dans ma petite carrière, je me rends compte que je ne suis jamais en galère si on me décale d’un côté ou de l’autre, je sais ce qu’il faut faire. Mais j’aime particulièrement ce poste de défenseur central. J’aime savoir qu’il n’y a plus personne entre moi et le gardien. Il y a une part de risque plaisante, en plus de l’idée de gagner le duel avec les attaquants. Le foot, c’est psychologique. Je pars dans l’idée que l’attaquant n’a pas le droit de briller, alors je fais tout pour le museler. Je dois le dominer directement ou indirectement.

J’ai appris ma sélection dans le vestiaire. J’était prêt à partir, mais on m’a dit de rester. Comme je n’avais jamais été appelé, je n’y accordais pas trop d’importance. Je m’attendais à voir une surprise, comme cela avait le cas avec Marvin Martin ou Maxime Gonalons que j’ai côtoyés avec les espoirs. Mais jamais je n’ai pensé que je pouvais y figurer. Dans mon esprit, c’était prématuré. Quand j’ai entendu mon nom, je me suis dit: tu prends tes crampons, tes protège-tibias et tu montres ce que tu sais faire. Tout le monde m’a acclamé. Ce moment, je m’en souviendrai toute ma vie, d’autant que c’était le jour de mon anniversaire. Si je fais partie de la liste définitive, ce sera énorme. Si ce n’est pas le cas, ça va m’aider à avoir une base pour continuer à travailler.

J’ai quitté le Centrafrique à huit ans pour rejoindre mon père et faire mes études dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, on m’offre ces choses-là, c’est magnifique. Une partie de ma famille est restée là-bas. Je suis le petit du pays qui est en train de réussir. Je suis fier de ça. Pendant des années, je n’y étais pas retourné. Désormais, j’essaie d’y aller à peu près tous les ans. J’ai besoin de voir mes proches et de partager avec eux ce que je vis à Montpellier. Ce qui m’arrive, c’est magique. »

 

L’art subtil du tir au but

Extrait du Monde Sport & Forme du 11 mai 2012.

Par Paul Smith.

Respirez un bon coup. Voilà ce que je dis à mes collaborateurs chaque fois qu’ils doivent prendre une décision importante. Prenez simplement le temps de respirer. Cela m’a évité de commettre pas mal d’erreurs et de me retrouver dans des situations que j’aurais pu regretter par la suite. C’est peut-être ce que font les footballeurs allemands avant de tirer un penalty. Cela expliquerait pourquoi ils sont si bons dans cet exercice.

Au cas où le résultat de la finale de la Ligue des champions, samedi 19 mai, resterait encore incertain au terme du temps additionnel, la plupart des gens seront probablement prêts à parier que le Bayern de Munich l’emportera sur Chelsea parce que le Bayern, même si certains de ses meilleurs joueurs viennent de France ou des Pays-Bas, est un club allemand. En demi-finale, dans les tirs au but, les joueurs du Bayern ont surpassé ceux du Real Madrid, dont deux superstars, Cristiano Ronaldo et Kaka, ont raté leur penalty.

En dehors de toute autre considération, ces échecs ont montré l’absurdité des montants qu’atteignent aujourd’hui les transferts : ces types, en somme, ne sont rien d’autre que des êtres humains. Et, bien entendu, ils faisaient face à Manuel Neuer, un très bon goal allemand.

Hanté par le souvenir de 1990

Le footballeur anglais Gary Lineker a déclaré un jour : « Le foot est un jeu très simple. Vingt-deux joueurs courent derrière un ballon pendant quatre-vingt-dix minutes et, à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent. » Lineker aurait même pu préciser : ce sont les Allemands qui l’emportent aux penaltys ! Le buteur des Three Lions est encore hanté par le souvenir de cette soirée de l’année 1990, à Turin, au cours de laquelle l’Angleterre perdit la demi-finale de la Coupe du monde face à l’Allemagne après une pénible séance de tirs au but.

On peut se demander s’il n’existe pas une sorte de lien entre la façon d’aborder un penalty et l’efficacité – mélange de précision, de clarté et de bonne planification – généralement associée à l’ingénierie allemande. Mais cela risque de s’avérer aussi difficile à prouver que d’expliquer pourquoi quelques-uns des meilleurs joueurs de l’histoire du football moderne – parmi lesquels Michel Platini, Zico, Gianluca Vialli, Dennis Bergkamp et David Beckham – ont raté des penaltys dans des matchs cruciaux. Pas étonnant que les sportifs aient parfois recours aux psychologues.

Les joueurs de Chelsea et du Bayern seront amplement préparés à l’éventualité que la finale du 19 mai se termine par des tirs au but. Le sélectionneur Bobby Robson, qui avait emmené l’équipe d’Angleterre à Turin, exigeait trois choses d’un joueur chargé de tirer un penalty : qu’il décide de son tir, qu’il ne change pas d’idée et qu’il fasse ce qu’il a en tête.

Comme chacun sait, cela n’a pas toujours marché, et c’est peut-être trop demander en même temps à un joueur en train de positionner le ballon sur la marque blanche à 12 mètres des buts et de se préparer à l’instant qui pourrait sceller le destin de son équipe. Peut-être vaudrait-il mieux rester simple et lui conseiller de respirer un bon coup.

(Traduit de l’anglais par Gilles Berton)

Nos amis les footballeurs

Patricia Mazuy, nos amis les footballeurs

Chronique de Patricia Mazuy, dans le Monde Sport et Forme du 22 mars 2012.

Vaches, taureaux, moutons, chèvres, cochons… Les fleurons de l’élevage français dûment sélectionnés vont défiler à partir de samedi 25 février sur le « grand ring » du Salon de l’agriculture. Je connais bien l’endroit pour y avoir présenté, il y a quelques années, un documentaire sur la génétique bovine. Dans les régions françaises, les taureaux se livrent à un parcours du combattant pour être agréés taureaux reproducteurs dans les centres d’insémination. Pendant les épreuves, pour les races à viande, certains d’entre eux sont même vendus aux enchères pour la monte naturelle. Les animaux qui restent sur le banc de touche sont éliminés. Ça ne rigole pas chez les taureaux.

Un peu comme chez nos amis footballeurs. En Inde, des anciennes gloires du ballon rond ont aussi été vendues aux enchères. Le commissaire-priseur avait été recruté, paraît-il, dans les ventes non de bovins, mais de chevaux. Il faut bien ça pour des stars en short. Des six principales vedettes adjugées vendues pour la première édition de la Premier League Soccer indienne, l’Argentin Hernan Crespo a été adjugé au plus haut prix : 840 000 dollars (633 000 euros). Quarante mille de plus que le Français Robert Pires, 3e lot de cette vente inédite. De fort belles sommes pour ces esclaves de luxe bien cyniques qui ont décidé de rentabiliser des années de pression, de blessures et de sacrifice dans le haut niveau.

A l’autre bout du foot business, il y a ceux qui seraient prêts à payer pour arrêter de cirer le banc de touche. Il y a quelques jours, j’ai lu l’interview que le Brésilien du PSG, Marcos Ceara, a donnée au magazine officiel du ballon rond, France Football. J’y ai vu la parole d’un homme blessé, sans récriminations, émigré vendu et perdu dans sa France rachetée par les Qataris. Quelques jours plus tard, sur YouTube, le même Ceara fait des excuses publiques pour s’être ouvertement plaint auprès des médias. J’en déduis que dans le foot, comme dans la police, la haute fonction publique ou les grandes entreprises, on ne rigole pas avec le devoir de réserve. La loi du silence.

Pires et Ceara auraient pu se retrouver dans Le Stratège, un film où Brad Pitt joue un ancien joueur de base-ball qui refuse une bourse à Yale pour accepter l’offre en or d’un club où finalement il n’est pas aussi bon joueur que ça. On le retrouve employé d’un petit club à vendre et acheter des joueurs avec la maigre enveloppe de ses patrons. Avec l’aide de Jonah Hill, qui joue un jeune prodige de la programmation informatique, il réussit tout de même à composer une équipe qui gagne avec des joueurs plus ou moins sur la touche ou sur le retour. J’ai adoré ce film, dont les distributeurs français auraient été inspirés de garder le titre original :Moneyball. En Inde, au moins, ils appellent un chat un chat. Chez nous, Thierry Henry retourne aux Etats-Unis et Anelka part en Chine… mais surtout pas pour l’argent. « J’aime la mentalité chinoise et de l’Asie », a cru bon de préciser le mauvais garçon du foot français en débarquant à Shanghaï.

En France, surtout en pleine campagne électorale, on ne peut pas tout dire. Le parcours de nos combattants politiciens sur le grand ring de la porte de Versailles, slalomant entre les bovins, promet encore un grand défilé des langues de bois.

 

« On est footballeurs, on n’est pas des pédés »

Sophia Aram, "on est footballeurs, on n'est pas des pédés"

Par Sophia Aram, chronique du Monde du 23 mars 2012.

J’aimerais revenir sur un événement qui a mis le football français sens dessus dessous. Un événement traumatique, cristallisant les angoisses et les peurs fantasmatiques de footballeurs dirigeants et commentateurs sportifs.

Voici l’histoire : mercredi 29 février, la France rencontrait l’Allemagne, la rencontre allait se terminer par une victoire de la France 2-0. Mais ce n’est pas là la seule surprise de cette soirée. Olivier Giroud, l’auteur du premier but, exalté par ce magnifique point qu’il venait de marquer, s’est précipité sur son camarade Mathieu Debuchy et l’a embrassé. Et la question c’est : où ?

Est-ce une accolade virile durant laquelle deux barbes de trois jours s’effleurent sans risque de déclencher la moindre érection ? Ce baiser s’est-il porté sur la joue pour marquer l’affection toujours virile qui a cours entre deux amis proches, deux frères, deux cousins ? Ou alors… Oh ! mon Dieu, non… Sur la bouche ? Serait-ce possible ? Un smack, un bisou, une pelle, un gadin ou une énorme galoche ? Mais dans ce cas auraient-ils mis la… langue ? Oh, mon Dieu !

DE QUOI ONT-ILS PEUR ?

Bien sûr, devant l’ampleur de l’émoi (je ne détaillerai pas) suscité par cette affaire dans la communauté footballistique, les intéressés se sont empressés de démentir. « C’était pas la bouche… »« C’est la faute au cadrage ! » « J’ai pas mis la langue. » « J’ai une fiancée… » Blablablablabla.

Le problème, c’est qu’on s’en fout. Franchement, qu’ils se soient embrassés sur la bouche ou pas, que ce soit à la russe ou à la Freddie Mercury. On s’en fout. Personne n’est allé demander à Britney Spears et à Madonna de se justifier après qu’elles se furent roulé une pelle sur MTV. J’imagine même que les commentateurs choqués par le baiser du stade furent remplis de bienveillance envers le geste tendre mais néanmoins amical des deux chanteuses… En revanche, quand deux footballeurs s’embrassent, on repasse les ralentis, on commente et on attend un démenti du type : « On est footballeurs, on n’est pas des pédés ! »

Au passage, j’invite les journalistes ayant repassé la vidéo du baiser footballistique au ralenti plus d’une fois à s’outrer dans l’année ou à entreprendre une analyse. De quoi ont-ils peur ? Que l’hypothèse même que deux footballeurs puissent s’embrasser publiquement ébranle l’hétérosexualité fragile d’une communauté footballistique déjà adepte du maillot mouillé et des douches viriles ? Ou, pire, que l’effleurement des lèvres des deux joueurs suscite une tension au niveau de leurs flottants et qu’ils finissent par se rouler une pelle et faire leur petite affaire là, sur le gazon, devant des millions de téléspectateurs ébahis ?

Je me demande pourquoi la virilité des joueurs de foot est aussi fragile, aussi sensible. Pourquoi les footballeurs, plus que les autres, ont-ils besoin de se rassurer et de rassurer les autres sur leur hétérosexualité ? A quand une vraie campagne contre l’homophobie dans le milieu du foot ? Des photos de joueurs vedettes s’embrassant à pleine bouche avec pour slogan : « Le foot, c’est aussi un sport de pédés » ?

Et dire que, dans le même temps, on arrête le déferlement de blagues salaces à l’égard de Zahia en la sacrant icône de la mode, couronnée par Karl Lagerfeld en personne.

Qui trop embrasse…

François Bégaudeau

Chronique de François Bégaudeau dans Sport & Forme du journal du Monde, daté du 17 mars 2012.

 

On parle d’éditocratie pour désigner la coterie des journalistes politiques, qui, de colonnes en plateaux télé, vendent au kilo des analyses sur l’actualité de la République. Mais il y a aussi, version pastiche de la première, ou révélateur du caractère déjà pastiche de l’original, une éditocratie du foot. De talk RMC en Canal Football Club, de l’Equipe en l’Equipe TV, ils sont une vingtaine de journalistes, praticiens, consultants à deviser jusqu’à plus soif sur le ballon rond, sa vie, son œuvre.

Bien que le but soit de se prendre gentiment le chou, comme au bon temps des banquets bosselés de sangliers, il arrive que cette joyeuse bande rende le même son, au point de former un chœur Par exemple, sur l’affaire Knysna (Mondial en Afrique du Sud, 2010) où, à l’instar des éditorialistes politiques promouvant de concert le oui au référendum de 2005, leurs homologues footeux accordèrent leurs postillons pour condamner le bus de la honte. Pas un pour suspendre son jugement jusqu’à ce soit établi le degré exact d’aménité des propos d’Anelka à son coach. Pas un non plus pour se réjouir de cette soudaine poussée de solidarité de la part de joueurs souvent taxés d’individualisme.

Après tout un éditocrate de gauche, si jamais ça existe, aurait pu saluer la mutinerie comme il saluerait une grève ouvrière. Mais non. Trop riches. Ces types surpayés, fut-il dit, n’ont pas le droit de revendiquer.

Or, voici que, deux après, le chœur se recompose pour apporter son soutien unanime à ces mêmes enfoirés de millionnaires, voués à la précarité si François Hollande venait à être élu. Imposables à 75%, c’est trop! Ils partiront tous à l’étranger et on les comprend! Non franchement, c’est une folie cette mesure!

double paradoxe: fortune indigne en 2010, légitime en 2012. Rappel à l’ordre patriote en Afrique du Sud (« vous insultez le maillot! »), permis d’exil aujourd’hui.

encore une fois il se vérifie qu’il n’y a pas de paradoxe. Ces deux discours, a priori contradictoires, se complètent. L’un le rachat de l’autre. Les éditocrates du foot étant les mieux placés pour savoir que le domaine d’activité dont ils sont les complices économiques a les mains très sales, ils sautent sur la première occasion de se refaire une santé morale: très peu regardants sur le dopage ou sur l’argent mafieux qui soutiennent la croissance du sport et donc la leur, ils seront intransigeants sur un retard à l’entrainement, ou un casque sur les oreilles à la sortie de l’aéroport. Par là, ils se comportent comme l’intemporelle classe dominante, accablant de sermons les pauvres pour exorciser ses propres exactions autrement nuisibles à la communauté. Harcelant le chômeur assisté pour expier ses allègres manœuvres défiscalisatrices.

On voit ainsi les éditocrates du sport glisser sur la même pente que leurs grands frères, accusés à raison de connivence avec la classe politique. De journalistes, ils se tranforment en VRP de la cause supérieure du foot, et en particulier de sa version nationale, que va devenir notre ligue 1?! Observateurs qu’on attendait objectifs, ils deviennent les serviteurs du sport roi. Parce qu’il les fait vivre, parce qu’ils l’aiment. Ils l’aiment beaucoup trop pour en rendre compte avec justesse.

 

Salvatore Sirigu, l’ange gardien

Salvatore Sirigu

Il a séduit Paris par sa vitesse d’adaptation, ses arrêts et son implication. Portrait d’un gardien altruiste et concerné.

Article de Damien Degorre, L’équipe du 10/02/12.

son épaisse chevelure brune, son envergure et l’assurance qu’il dégage ont alimenté, les comparaisons avec Walter Zenga, l’ancien gardien de l’inter Milan, à l’est des Alpes. a l’ouest, sa faculté à apprendre le français et les exploits réalisées avec le PSG ont conquis le Parc des Prince, séduit ses coéquipiers et étonné ceux qui n’avaient jamais entendu parler de Salvatore Sirigu, le Sarde Solidaire, avant juillet 2011. Depuis, ils sont nombreux à l’avoir entendu parler, un plus à l’avoir vu jouer, et tous, sous le charme, conviennent que Paris a réalisé le bon coup de l’été dernier en l’achetant à Palerme 3,5M€ pour quatre saisons.

En six mois, Sirigu a étalé une capacité d’adaptation étonnante. A la ligue 1, d’abord, dont il est devenu le meilleur gardien assure Kevin Gameiro. Ses parades ont aisément ramené neuf points au PSG depuis le début de saison. Armé de son crédit sportif, la doublure de Gianluigi Buffon, le gardien de la sélection italienne, n’a pas hésiter à monter au front cet hiver, lors de l’éviction d’Antoine Kombouaré, pour sauver la tête de Gilles Bourges, l’entraîneur des gardiens. Je sais qu’il a dit à Gille qu’il aimait travailler avec lui et qu’il voulait continuer comme ça, raconte Yves Bertucci, alors adjoint du technicien kanak. Un coup de fil à Leonardo a réglé le dossier.

Altruiste et sensible, Sirigu l’est aussi avec ses coéquipiers. C’est un bon partenaire, dit Mevlut Erding, parti en janvier à Rennes. Parfois, il me voyait triste et me disait: il faut que tu sois costaud, que tu t’accroches, que tu crois en tes qualités. Proche de Javier Pastor, dont il fut coéquipier à Palerme, il n’a pas hésité à recadrer l’argentin à la fin de l’automne. Il a été objectif avec lui, précise Bertucci. Il l’a encouragé, lui a dit les choses, mais ce n’est pas le genre de personne à caresser pour faire plaisir.

Le respect que le sarde inspire est lié à l’investissement qu’il déploie pour s’intégrer dans un pays qu’il n’avait visité que quelques jours, lors de vacances familiales. Dès son arrivée à Paris, il a souhaité s’exprimer en français. Pas de professeur à domicile mais une application sur son smartphone qu’il utilisait à volonté: dans les vestiaires, avant l’entrainement, à l’hôtel, pendant les mises au vert ou dans le bus, sur le chemin du stade. En trois mois, il tenait une conversation. En six, il acceptait l’interview d’une radio, en direct, par téléphone. Mais ce n’est pas difficile, le français ressemble à l’italien, s’excuse-t-il presque.

Maintenant, son smartphone lui sert surtout à envoyer des SMS à sa petite amie, une française rencontrée dans un restaurant de la porte Maillot où il avait pris quelques habitudes pendant son célibat. « il est grave amoureux », plaisante l’un de ses partenaires. au point que l’italien pas bagarreur sorte de son Austin Mini Cooper lorsqu’un homme en scooter jette un regard appuyé à sa compagne à un feu rouge, sur l’avenue principale de Neuilly, où il réside. Un coup de casque sur la tempe l’a couché, avant que l’agresseur prenne la fuite.

D’une certaine manière, la France lui a déjà beaucoup donné, comme dirait son compatriote Alberto Tomba au moment d’évoquer une relation amoureuse, et Sirigu se plaît dans sa nouvelle vie. Il n’oublie pas sa Sardaigne natale, celle qu’il appelle « son pays », où il est né il y a vingt-cinq ans et où il a conduit sa nouvelle amie pendant la trêve de Noël. Dans la famille Sirigu, issue de la classe populaire, le petit frère-un ailier gauche-jouait aussi à Palerme avant d’être transféré l’été dernier à Budoni (série D), alors que l’aîné lui inculqué la ferveur de l’Inter Milan. Il éprouve aussi une affection particulière pour le FC Sankt Pauli, un club de Hambourg-où son aîné a vécu-classé à gauche et connu pour son engagement contre le racisme, le sexisme et l’homophobie. « en revanche, il déteste l’AC Milan à cause de Berlusconi », dit l’un de ses proches.

Dans son village de la Caletta, où il a cultivé sa passion des chevaux, Sirigu a pu dévoiler à sa parisienne le terrain où ,il découvert le foot et le rôle de gardien de but. Parce qu’il jouait avec des enfants plus âgés, qui ne lui ont pas laissé le choix du poste, et parce qu’il avait de l’asthme. Il a quitté son île à quinze ans, direction Venise, où il a été formé. Trois ans plus tard, c’est en Sicile, à Palerme, qu’il flirte avec l’élite, comme troisième gardien. Prêté à Cremonese (Serie C1, niveau 3) puis à Ancône (Serie B), il s’impose comme le numéro 1 en douceur, à l’aube de la saison 2009-2010, de la même manière qu’il a éteint la concurrence au PSG l’été dernier.

Pas flambeur, accessible et disponible, Sirigu, surnommé « Adamo » par le vestiaire parisien sur proposition de Christophe Jallet, s’est fondu dans le paysage parisien avec une facilité déconcertante. Quand Pastore passe comme une éclipse au Camp des Loges, lui débarque avant tout le monde, prend son café avec Zoumana Camara, discute avec tout le personnel, s’intéresse à la vie des autres et n’oublie pas ses anciens coéquipiers. « Cette saison, après les matchs de Palerme, il me demande toujours comment ça s’est passé pour l’équipe, pour moi, raconte Federico Balzaretti, le défenseur de Palerme. C’est un ami très cher. On passe aussi beaucoup de temps ensemble lors des rassemblements de l’équipe d’Italie. J’espère que nous irons tous les deux à l’Euro 2012. »