Le top 5 des volleyeurs en activité par Pat Cash

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Extrait du journal L’équipe. A cinquante ans, le vainqueur de Wimbledon 1987 demeure un très fin observateur du jeu, et adore particulièrement les volleyeurs. L’australien aurait bien cité Radek Stepanek, mais on lui a demandé de se concentrer sur le … Lire la suite

Volleyeur solitaire

Extrait du journal L’Equipe, par Vincent Cognet.

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Dans le tennis moderne, la volée n’est plus une priorité. Roger Federer est l’un des rares joueurs actuels à vraiment maîtriser cet exercice.

EN AOÛT DERNIER, le New York Times se fendait d’une consultation auprès d’une trentaine d’acteurs du tennis (joueurs, coaches, journalistes). Question : qui peut revendiquer le titre de meilleur volleyeur du circuit ? La réponse était à la fois claire et tristounette : trois joueurs de double occupaient les trois premières places. Le premier des « solistes » n’était que quatrième. Son nom? Roger Federer. Un choix incontestable tant le Suisse a, depuis longtemps, prouvé ses qualités de volleyeur.

Ce sondage ne fait que confirmer l’inexorable évolution subie par le tennis depuis une bonne vingtaine d’années. Si l’on peine à citer cinq grands volleyeurs parmi les cent premiers joueurs mondiaux, c’est simplement parce que la conquête du filet n’est plus une priorité. La primauté donnée à la puissance et le ralentissement général des surfaces sont passés par là. Federer lui-même est davantage un attaquant en deux temps qu’un as du service-volée. Il n’évolue pas dans le même monde qu’un McEnroe, qu’un Cash, qu’un Rafter ou qu’un Edberg. « Dans le tennis moderne, la volée est le domaine qui a le moins progressé », estime Pat Cash, en maniant l’euphémisme.

« À la limite, on peut presque dire que Roger volleye moins bien qu’en 2003, avance Guy Forget. Mais tout simplement parce qu’il passe 95 % de son temps en fond de court. Même si, depuis qu’il bosse avec Edberg, je trouve qu’il vient plus souvent au filet. » Quand il y pointe son nez, le maître est sans égal. « Son toucher de balle et son contrôle sont hors norme, apprécie Forget. Il peut gagner le point dans des positions impossibles. Sa volée de revers est hyper propre. Comme tous ses coups, qui méritent 9,5/10. Après, si on veut chipoter, on peut aussi remarquer qu’il joue parfois sa volée de coup droit trop de face, de manière un peu trop droite, en ouvrant sa ligne d’épaule. Edberg, lui, s’engageait plus. De toute façon, pour moi, Stefan, c’est la plus belle volée de l’histoire. En volée de coup droit, Roger pourrait un peu plus imiter son coach ! »

Lorsque Nicolas Escudé monte au filet, c’est aussi pour y admirer le phénomène. « La volée de Roger n’a rien de révolutionnaire, mais il est très en place sur le jeu de jambes, explique le Français. Surtout, il vient à la rencontre de la balle. Il ne la subit pas et c’est encore plus important qu’à mon époque. La balle arrive deux fois plus vite et avec plus d’effets. Aujourd’hui, au filet, on est dans une problématique de ping-pong. Le plus dur, c’est de contrôler les effets. »

Pour y parvenir, le bas doit précéder le haut. Une règle absolument intangible. « Dans le jeu au filet, il existe un invariant, précise Nicolas Mahut. Il faut absolument y aller avec les jambes avant d’y aller avec le bras. Ce que je trouve de plus fort chez Federer, c’est son agilité. Il est vite en jambes et très équilibré sur sa reprise d’appuis. Je le trouve rapide après sa première volée, rapide pour anticiper et se replacer.Au niveau des cannes, c’est la perfection. Après, je pense qu’il a progressé au moment du contact. Il colle à la balle, il l’attaque, son geste est tranchant. Résultat, la balle reste basse. Quand on parle technique, c’est quasiment la perfection. »

Pour maîtriser la problématique du filet, une technique impeccable et une tonicité de jambes ne suffisent pas toujours. Il faut aussi sentir le jeu. Mieux : le plier à sa propre volonté. « La volée, c’est complexe, explique Mahut. Ce n’est pas uniquement une histoire de technique. C’est aussi la manière d’amener l’adversaire à jouer où tu veux qu’il joue. Il faut être clair : au filet, tu ne peux pas couvrir toutes les zones. Il faut donc “aimanter” le passing. Mika (Llodra) était un maître en la matière. Roger lui aussi est très fort. Comme il sent super bien le jeu, il est rarement pris en défaut. »

SUR TERRE BATTUE, la spécificité du jeu au filet n’est pas liée à la technique. On ne modifie pas son geste parce que le sol est ocre, comme on le fait par exemple pour le coup droit, frappé plus bombé. Seule l’approche mentale est différente. « Sur terre, tu fais moins souvent un point gagnant dès ta première volée, explique Nicolas Mahut. Il faut toujours être prêt à devoir en jouer une deuxième, ­voire une troisième. » Le Français estime pourtant que la terre n’est pas systématiquement un obs­tacle au service-volée. « Comme les mecs retournent de plus loin, tu as plus de temps pour aller au filet. Et si tu volleyes court, tu peux très bien faire le point. Mais attention : si une volée courte n’est pas bien touchée ou bien “tranchée”, le gars d’en face va glisser, te fixer et te passer. »

Comme il l’a montré récemment à Rome en quarts (contre Berdych, 6-3, 6-3), puis en demies face à Wawrinka, (6-4, 6-2), Federer parvient à développer sur terre un tennis agressif. Logique, selon Guy Forget : « Quand tu as le sens du jeu comme lui, la terre battue n’est pas un obstacle à ta réussite au ­filet. En revanche, elle t’oblige à ce que ton coup d’attaque soit parfait. » Le meilleur exemple en est donné par… Rafael Nadal. Étonnant ? Pas vraiment. « Je ne m’amuserais pas à comparer ­“Rafa” à “Rodge”, prévient Mahut.Mais Nadal a quand même une main hallucinante. Sur terre, il est très efficace au filet parce qu’il vient au filet dans de bonnes conditions. C’est son coup d’avant qui est extraordinaire. » L’Espagnol bluffe aussi Nicolas Escudé : « En toute honnêteté, sur terre battue, je trouve que Rafa est un super volleyeurSes volées sont techniquement très justes. Ce n’est pas aussi classieux et élégant que ­Federer, mais il a une super main ! On le voit quand il doit jouer une volée sous le filet ou une contre-amortie. Techniquement, c’est propre, il n’y a pas de fioritures. Et tactiquement, j’aime beaucoup ce qu’il fait. »

 

GILLES SIMON  décrypte les forces de Roger Federer lorsqu’il monte au filet. Et souligne notamment sa gestuelle.

« QUE VOUS inspire Roger Federer à la volée ?

– Plus qu’impressionnant au filet, il est étonnant. Il y a de la facilité et de la fulgurance. Il fait partie des joueurs qui peuvent réussir des volées très, très difficiles, mais qui peuvent aussi rater des volées faciles. Ça sort vite de sa raquette, mais ça peut sortir un peu trop vite et lui échapper. Avec lui, tout a toujours l’air facile. Quand il rate, on se dit qu’il n’était pas concentré, mais il en rate…

Au final, c’est quoi le plus impressionnant ?

– Ce qui m’impressionne, c’est sa façon de bouger. Il est très fluide dans ses déplacements. Il sent bien le jeu, il bouge bien et il bloque bien les angles avec une grande vitesse d’exécution. Quand il est pris côté revers, il peut se sortir de situations improbables.

Est-il facile à passer ?

– Non, il prend de la place quand il monte dans de bonnes conditions. Il colle au filet, mais il bouge très vite et il recule très vite. Au smash, il est très à l’aise, même côté revers. Mais quand il fait juste son chip, certains joueurs prennent plus de place que lui. Par exemple, Mika (Llodra), c’était un enfer.

Quelle option choisissez-vous quand il est au filet ?

– Je ne le joue pas en deux temps, j’y vais plus pour un passing gagnant. Si je joue au chat et à la souris avec lui, je suis perdant. Alors j’y vais franchement. »

 

La raquette de …Nicolas Mahut

Extrait du journal Le Monde, par Romain Lefebvre (avec Julien Reboullet).

-Vous avez la réputation d’être très méticuleux, voire maniaque avec vos raquettes. Comment cela se traduit-il?

-C’est quand même mon outil de travail, alors j’en prends soin. Nous, joueurs de tennis, nous avons tous nos tocs et nos tics. Moi, par exemple, je joue toujours du même côté de la raquette, ce qui explique qu’une face soit plus usée que l’autre. Je suis aussi très attentif à mes grips. Je les change à chacun de mes matches et si quelqu’un s’aventure à prendre ma raquette en main avant que j’entre sur le court, j’en remets un neuf aussitôt…

A quel âge avez-vous commencé à vous soucier à ce point de votre matériel?

-vers l’âge de vingt, vingt et un ans. Quand tu es jeune, tu es très content d’avoir des contrats, tu as des raquettes neuves chaque année, c’est comme un  nouveau cartable…Puis, petit à petit, ta sensibilité se développe. Plus tu avance, plus tu progresses, plus tu deviens sensible à la qualité de frappe, au son que la balle va faire dans la raquette, au ressenti quand la balle s’enfonce dans les cordes. Tu cernes mieux alors ce dont tu as besoin pour ton jeu. Moi, ça s’est fait assez rapidement. J’ai su vers seize, dix-sept ans, quand j’ai commencé à avoir de la force, que j’avais besoin d’une raquette assez rigide…

Est-ce uniquement cet aspect qui a orienté votre choix ou bien le paramètre financier a-t-il eu son importance?

-Quand je suis arrivé sur le circuit, sur la lancée de ma victoire à Wimbledon en juniors (2000), j’ai refusé des contrats très, très élevés. Parce que je me suis dit que l’argent que j’allais gagner dans la raquette, j’allais le perdre en ne gagnant pas de match. Regardez ce qu’il s’est passé avec Verdasco: il jouait avec Tecnifibre, il a fait demies en Australie, il est monté 7éme mondial (2009), puis il a signé un contrat incroyable avec Dunlop puis Yonex, il a galéré, ce n’était plus le même joueur. Tu perds de la confiance et tout s’enchaine…

-Comment avez-vous affiné les réglages de votre raquette?

-Depuis quelques années, mes raquette sont préparées chez Wilson, au pro-room de Chicago. Elles sont fabriquées en Chine, puis envoyées là-bas où elles sont équilibrées au millimètre, exactement comme je l’ai choisi. Le poids est réglé au gramme, l’indice de rigidité, tout…C’est le résultat d’un travail de reherche extrêmement précis.

-Ce qui explique que vous ne pourriez pas jouer avec un autre modèle…

-J’y perdrais beaucoup évidemment. De même, si Nadal joue avec la raquette de Federer, je suis sûr qu’il ne gagne pas Roland. Parce que celle de Roger est trop rigide, elle a un tamis trop petit, Nadal ne pourrait pas mettre autant d’effets qu’avec sa raquette actuelle. Après, il y a des joueurs plus ou moins sensibles aux changements. Benoît Paire a changé du jour au lendemain, il fait partie de ces joueurs qui ont plus de facilités que d’autres pour s’adapter.

-Malgré tout son talent, il semble que Federer ne soit pas de ceux là…

-Je connais bien sa raquette, j’ai joué avec depuis l’âge de quinze ans jusqu’en 2006. A partir du moment où tu l’adoptes, il est quasiment impossible de passer à autre chose. Parce qu’elle ne ressemble à aucune autre. Le problème de cette raquette, c’est que la balle part très bien mais dès que tu décentres, c’est fini. Lui a un petit tamis mais comme il a un jeu de jambe parfait, et qu’il se place extrêmement bien, son rendement est excellent. Mais c’est aussi pour cela que, parfois, sur terre battue, quand il y a des faux rebonds et du vent, il a un peu plus de mal. Sa raquette ne pardonne pas le moindre écart.

 

 

 

 

 

 

La raquette de … Roger Federer

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Extrait de L’Equipe, par Romain Lefebvre.

Roger federer et Pete Sampras auront partagé beaucoup plus que les conseils du coach américain Paul Annacone. L’un comme l’autre ont été les joueurs d’une seule marque, d’un seul modèle durant toute leur carrière: la Wilson Pro Staff. Si la raquette du Suisse a changé plusieurs fois de couleur (noire, rouge et désormais blanche) et de nom pour d’évidentes raisons marketing, qu’on ne s’y trompe pas: c’est, hormis une technologie dite Amplifeel adoptée afin d’atténuer les vibrations, la jumelle de la Pro Staff originale avec laquelle son aîné a glané quatorze titres du Grand Chelem. Seul changement majeur, décidé par le Suisse avant qu’il entre dans le top 5 début 2003: la taille du tamis, agrandie de moins de 5 %. Pour le reste, pas touché! Le cadre est mat et mat le cadre restera. « Si, demain, le fabricant décidait de vernir, par souci d’esthétisme, une raquette mate, il est certain qu’il s’opposerait au refus du joueur, raconte un spécialiste d’une marque concurrente. Car une simple couche de glossy a tendance à rigidifier un cadre et donc à en modifier le rendement. Pour l’assouplir, il faudrait qu’il tape plusieurs heures avec chaque modèle sorti d’usine. Il n’a pas de temps à perdre ». 

Ce sera peut-être pour ses vieux jours, puisque Federer et sa marque de raquette sont unis par contrat depuis 2006…à vie!