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Rome, ville ouverte aux scooters

Extrait du Monde.fr, par Daniel Psenny.

Certes, il y a le vélo (plus écologique) ou la marche à pied (plus sportive), mais visiter Rome à scooter est un rêve pour les cinéphiles. Les images défilent en noir et blanc… Rien de plus facile que de se prendre pour Gregory Peck ou Audrey Hepburn arpentant la Ville éternelle en Vespa dans Vacances romaines de William Wyler (1953) ou de reprendre la virée matinale de Nanni Moretti en scooter à travers les rues désertes de Rome dans son Journal intime (1992).

Comme beaucoup de capitales européennes, la municipalité interdit de plus en plus l’accès des voitures à son centre historique. Tout est fait pour décourager la circulation automobile avec la mise en place de nombreux sens interdits qui font tourner le conducteur en rond et en bourrique avant qu’il ne reparte vers l’extérieur de la ville, faute de places de stationnement.

En revanche, pas de problème pour les utilisateurs de scooters qui bravent (presque) tous les interdits et peuvent – même si cela devient de plus en plus difficile – garer leur deux-roues sur les trottoirs.

Le plaisir du scooter sous le soleil de Rome ne doit pas empêcher de faire très attention. En dehors des grands axes qui sont praticables malgré quelques nids-de-poule et une absence (quasi) totale de signalisation, les ruelles avec leurs pavés mal assemblés ressemblent souvent au tracé de Paris-Roubaix. Attention les secousses et gare au mal de dos ! La vigilance dans un trafic souvent chaotique reste de mise. Entre les bus, les taxis, les tramways, les centaines de deux-roues et quelques Romains à la conduite plutôt nerveuse, il est recommandé de ne pas être distrait, ni tête en l’air.

Pourtant, c’est bien tête en l’air et l’esprit léger qu’il faut visiter Rome. En levant les yeux, au-dessus des façades ocre jaunes ou rouges, on peut apercevoir, ici ou là, une terrasse ombragée ou deviner des intérieurs d’appartements. Parfois, c’est un portail dont il faut juste pousser la grille pour découvrir un jardin aux odeurs enivrantes ou une cour arborée avec table et parasol. L’accueil des habitants y est parfois chaleureux. La fraîcheur s’apprécie dans les nombreuses églises et cloîtres.

BALADE CINÉMATOGRAPHIQUE

Les quartiers sont nombreux à Rome, mais le centre historique reste concentré dans un périmètre peu étendu qui permet de garer son engin selon ses envies pour sillonner les ruelles. Ainsi, en partant de la gare Roma Termini en direction du Vatican à travers la via Nazionale et le corso Vittorio Emanuele II, il est possible de visiter quelques-uns des lieux incontournables de Rome en plusieurs étapes : place de la République, la colline du Quirinal, piazza Venezia, le Colisée ou le Largo Argentina avec ses dizaines de chats qui se cachent dans les ruines. De là, on peut pousser vers le Panthéon où l’on n’oubliera pas de prendre une granite de café « con panna » à la Tazza d’Oro, ou vers la fontaine de Trevi, à la recherche de Marcello et Anita, et la piazza Navona avant de retraverser le cours Vittorio Emanuele II pour se rendre à Campo dei Fiori, puis piazza Farnese au pied de l’ambassade de France. Il suffit ensuite de se perdre au gré des ruelles et des places en traversant le Tibre vers le Trastevere, en garant son scooter sur l’île Tibérine. Autant de lieux que l’on semble déjà connaître à travers les films. D’ailleurs, dans de nombreux endroits, la municipalité a installé des panneaux indiquant l’œuvre qui y a été tournée.

Pour finir (en partie) sa balade cinématographique, quoi de mieux que de se rendre à Cinecitta ? A une dizaine de kilomètres du centre, on peut prendre la route qui passe par la via Appia Antica et ses grandes dalles de basalte bombées datant du IVe siècle avant Jésus-Christ (que l’on évitera d’emprunter en deux-roues…), puis suivre la via Tuscolana, une très longue avenue bordée d’immeubles des années 1950 d’où pourrait surgir Anna Magnani…

Aujourd’hui, « l’usine à rêves » n’a plus le même lustre, mais la visite du musée Cinecitta si Mostra et d’une partie des studios (dont le fameux numéro 5 dédié à Federico Fellini) font encore frissonner. Aujourd’hui, la télévision a pris la place du cinéma, mais on peut encore se promener dans quelques décors en carton-pâte dont ceux de la série « Rome » et de « Gangs of New York » de Martin Scorsese. On y croit. « Tout est réaliste, il n’y a pas de frontière entre l’imaginaire et le réel », disait d’ailleurs Fellini.

Le Cimitero Acattolico, un havre de paix

Vue du Cimitero Acattolico de Rome

Extrait du Monde.fr, par Daniel Psenny.

À l’ombre de la pyramide de Caius Cestius, dans le quartier du Testaccio, s’étend le Cimitero Acattolico (« cimetière non catholique ») de Rome, un havre de paix pour les morts… et les vivants. Autorisé par les papes à la fin du XVIIe siècle, cet endroit, surnommé initialement « cimetière des étrangers » fut d’abord réservé aux protestants et aux orthodoxes puis, en 1953, aux morts de toutes les confessions. Désormais, c’est le cimetière des artistes et des poètes, et son atmosphère très particulière attire promeneurs et touristes. Entre cyprès, myrtes, roses sauvages, lauriers et camélias, le flâneur peut, dans un silence apaisant, s’asseoir sur un banc au soleil pour lire, réfléchir ou étudier le plan du cimetière qui recence l’emplacement des tombes illustres. Il peut aussi décider d’aller nourrir les dizaines de chats qui, depuis 1850, ont élu domicile non loin des sépultures.

DES PEINTRES, DES POÈTES

L’histoire dit que la première tombe de ce cimetière fut celle de George Langton, un jeune Londonien, mort en 1738 à l’âge de 25 ans. Depuis, près de quatre mille étrangers s’y sont fait enterrer. La plupart sont anglais, allemands, américains, russes, grecs ou persans. On compte peu de Français, mais quelques Italiens célèbres comme Antonio Gramsci (1891-1937), le fondateur du Parti communiste italien. Le cimetière conserve les sépultures des poètes anglais John Keats (1795-1821) et Percy Bysshe Shelley (1792-1822), celle d’un enfant de Goethe ou du sculpteur américain William Wetmore Story (1819-1895) qui, avant de mourir, a créé sa propre sculpture, l’Ange du chagrin, sans doute la plus belle du cimetière.

En déambulant dans les allées, on découvre de nombreuses statues et les épitaphes des peintres, historiens, écrivains, diplomates, explorateurs et poètes qui ont choisi l’éternité dans ce lieu.

Aujourd’hui, le cimetière est géré par une association privée de quatorze ambassades et est financé grâce à la vente (de plus en plus rare) des concessions et des dons. L’entrée est gratuite, mais il est conseillé de laisser 3 euros (4 euros pour les visites guidées) dans une boîte prévue à cet effet. A scooter, c’est une destination idéale pour visiter les quartiers autour de la pyramide, dont certains sont restés comme au temps du néoréalisme.

A Rome, le Café de Paris ne brasse plus d’argent sale

Le café de Paris à Rome

 Longtemps entre les mains de la mafia, l’établissement, emblème de la « dolce vita », vient de renaître.

Par Danielle Rouard, extrait de M le magazine du Monde.

AU CAFÉ DE PARIS, VIA VENETO À ROME, un haut lieu de la dolce vita autrefois fréquenté par Federico Fellini et Franck Sinatra, le présent dépasse la fiction. Cet établissement vient de renaître après des années passées sous le joug de la ‘Ndrangheta, le crime organisé calabrais. Désormais, il propose, dans son somptueux décor, les produits de Libera Terra, une association antimafia. Don Luigi Ciotti, un homme de belle prestance, fondateur de ce mouvement, savoure sa victoire : Oui, revenez, ici, le local est entre de bonnes mains ! Depuis décembre 2011, on y trouve l’huile d’olive calabraise, le vin Centopassi, de Corleone en Sicile, la mozzarella de bufala napolitaine… Toutes ces denrées proviennent de coopératives qui gèrent les terrains agricoles confisqués par l’Etat aux mafieux de diverses obédiences.

Le Café de Paris, aujourd’hui en situation d’administration judiciaire, mais ouvert et toujours couru, revient de loin. En 2005, un barbier calabrais de réputation modeste, Damiano Villari, l’avait acquis pour 250 000 euros, alors que sa valeur était estimée à environ deux cents fois plus. Ce n’était pas la seule bonne affaire qu’il avait faite, non pas tant grâce à ses talents de négociateur qu’à la mainmise sur l’établissement d’un chef de clan de la ‘Ndrangheta, Vincenzo Alvaro, embauché alors comme… aide-cuisinier. En fait, le boss de la cosca Alvaro recyclait ainsi l’argent sale de son trafic d’armes et de cocaïne. Un cerveau, plutôt qu’un artiste des casseroles, qui avait organisé ses affaires sous forme d’un holding de douze sociétés couvertes par des prête-noms… dont l’ »honorable Damiano. Les autorités finirent par découvrir son jeu et mirent sous séquestre le 22 juillet 2009 le Café de Paris. L’événement fit jaser : c’était une relique de la dolce vita qu’on osait mettre à mal. Le 22 juillet 2011, il fallut procéder à un second séquestre. Entre-temps, les investigations des enquêteurs du fisc avaient fait de grands progrès. Dans la foulée, d’autres riches établissements de bouche romains – en réalité propriété du crime organisé – sont simultanément tombés dans leurs filets.