Team-Building à la carbonara

Où l’on retrouve le directeur des ventes LE Guilloux dans l’exercice incontournables, en ce début d’année, de la motivation d’équipe.Chiffre d’affaire amputé d’un tiers, départs plus ou moins volontaires au sein de l’équipe, suppression pure et simple de la rémunération variable…

2009 avait laissé l’équipe des commerciaux dans un état proche de la dévastation. Et ils n’avaient touché cette année que 13 mois de salaire (ce qui, au passage, ne choquait personne d’autre qu’eux dans l’entreprise).

Mais le pire était ailleurs. Le Guilloux, le directeur des ventes, qui avait pour habitude de faire valoir que c’était lui qui fournissait l’eau au moulin, était désormais perçu comme un fauteur de crise, un vil malthusien, un tarisseur de source. Et ça, Le Guilloux, homme de croissance en costume italien, ne le supportait plus.

Aussi avait il lancé une opération stratégique interne humblement intitulée « road to rebirth » (ses cours d’anglais commençaient à porter). Le plan d’attaque se déroulait en 3 temps :

  1. Gonflage à bloc des vendeurs ;
  2. Explosion par le haut des objectifs 2010 ;
  3. Sécurisation d’un niveau de rémunération personnelle qui lui permettrait à nouveau d’être jalousé par toute la boîte.

Le team building commencerait ce midi chez Mario, le restaurant italien du coin, avec la garde rapprochée de Le Guilloux : ses 3 directeurs de clientèle.

Mario, le patron (il se prénommait en réalité Cédric), s’évertuait à affecter un très approximatif accent italien. Surtout, c’était le champion de l’abréviation culinaire, particularité qui, selon lui, contribuait à renforcer le côté professionnel du service.

-« alors aujourd’hui, mes seigneurs, nous avons tomates-mozza`en entrée, suivi par des spaghetti bolo`ou des penne à la carbo` . »

L’équipe de Le Guilloux fit son choix.

-« Et avec ça, qu’est-ce qu’on boit ? Un petit beaujo` ? »

-« Giiiiino (il s’appelait en fait Kader), hurla Mario-Cédric à travers la salle, une bouteille de beaujo`et 2 grandes San Pe`. »

Une tranche de mozza`au bout de la fourchette, Le Guilloux entreprit ses directeurs de clientèle façon commando.

-« Les gars, en 2009, la crise financière nous a tondu comme des agneaux, je veux des chiens de guerre. »

-« Giiiiino, un autre beaujo`pour la quattro ! »

-« Vous allez me visiter tous les clients en porte-feuille.Objectif :+20%. »

-« D’accord, mais… » se risqua un des directeurs de clientèle, immédiatement interrompu par Le Guilloux :

-« toi tu es plus près de la porte que de l’augmentation. »Le silence se fit.

Quand vinrent les desserts-3 tira`et  une salade de fruits-, le directeur des ventes Le Guilloux avait réussi à installer parmi ses collaborateurs ce climat si caractéristique de son management : 50% de crainte du chef, 40% d’appât du gain, 10% de beaujolais.

-« Giiiiino, 2 capu`, 2 expressos et 4 grappa, pour la quattro ! ».

L’opération « road to rebirth » était en marche.

Extrait des échos magazine

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