The November Man

Extrait du Monde.fr, Par Mathieu Macheret.Olga Kurylenko et Pierce Brosnan dans le film américain de Roger Donaldson, "The Novembre Man".

Le November Man ne désigne pas un super-héros calendaire, mais bien un agent secret à l’ancienne dont Pierce Brosnan, courant toujours derrière ses années James Bond (1995-2002), rendosse la panoplie. Peter Deveraux, retraité de la CIA, est réactivé pour exfiltrer de Moscou l’assistante du présidentiable russe Arkady Federov, prête à témoigner des agissements de son patron lors du conflit tchétchène (une infâme traite de réfugiées). Mais la taupe est tuée en pleine opération, non par les Russes, mais par le meilleur élément des services américains, David Mason (Luke Bracey), l’élève que Deveraux avait lui-même formé sur le terrain. Réduit à faire cavalier seul, l’agent entre en contact avec Alice Fournier (Olga Kurylenko), responsable d’un centre de réfugiés, afin de pister une victime de Federov et comprendre pourquoi la CIA semble désormais chercher à couvrir le criminel.

Quelle est la place de ce November Man dans le thriller d’espionnage contemporain, entre les courses haletantes de Jason Bourne, la trépidation des Mission : Impossible et la série télévisée « Homeland » ? En retrait, serait-on tenté de répondre, tant le film reste imperméable (hormis un drone et quelques téléphones portables) aux enjeux technologiques d’accélération, de surveillance, de diffraction de l’action, que mettent en scène, parfois admirablement, ses illustres prédécesseurs.

approximation permanente de la mise en scène

A la place, le film ressort du placard des années 1990 la petite mécanique bien éprouvée d’une série B d’action qui ne serait jamais passée par la case du 11-Septembre. Ainsi, il s’agit moins d’investir la spécificité paranoïaque de notre époque que de mettre très humblement à l’épreuve l’efficacité pur jus d’un héros traditionnel – c’est-à-dire plus intelligent, plus rapide, plus fort que les autres.

Encore fallait-il que le film fasse lui-même preuve d’efficacité. Or, s’il pèche, c’est d’abord par la pauvreté d’une intrigue trop linéaire (on compte à peine deux retournements d’identité, le sel de l’espionnage), prévisible à des kilomètres, et qui cherche à justifier l’action par une psychologie grossière, comme cette rivalité jamais creusée entre le maître Deveraux et son disciple trop sérieux, esclave du règlement.

Mais le plus gros problème de The November Man réside dans l’approximation permanente de sa mise en scène, qui peut faire illusion dans les passages d’action (quelques beaux impacts suspendus, entre coups de poing et carambolages), mais patauge dès que l’énergie retombe. La faute à un filmage éparpillé et couvert sous tous les angles, donc paresseux et dépourvu de la seule chose qui aurait permis à The November Man d’assumer son anachronisme : un vrai corps d’athlète.

 

Ma note 14/20

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