V pour Vendetta

 

 

Synopsis:

Londres, au 21ème siècle…
Evey Hammond ne veut rien oublier de l’homme qui lui sauva la vie et lui permit de dominer ses peurs les plus lointaines. Mais il fut un temps où elle n’aspirait qu’à l’anonymat pour échapper à une police secrète omnipotente. Comme tous ses concitoyens, trop vite soumis, elle acceptait que son pays ait perdu son âme et se soit donné en masse au tyran Sutler et à ses partisans.
Une nuit, alors que deux « gardiens de l’ordre » s’apprêtaient à la violer dans une rue déserte, Evey vit surgir son libérateur. Et rien ne fut plus comme avant.
Son apprentissage commença quelques semaines plus tard sous la tutelle de « V ». Evey ne
connaîtrait jamais son nom et son passé, ne verrait jamais son visage atrocement brûlé et défiguré, mais elle deviendrait à la fois son unique disciple, sa seule amie et le seul amour d’une vie sans amour…

 

Critique du Journal Le Monde, par Thomas Sotinel.

Faire sauter les deux Chambres du Parlement britannique et Big Ben à l’aide d’une rame de métro pleine d’explosifs fabriqués à la maison est une tâche réservée aux méchants de cinéma. Mais voilà que V pour Vendetta, film à grand spectacle dans lequel la multinationale américaine Time Warner a investi des dizaines de millions de dollars, en fait le but ultime d’un superhéros décidé à délivrer l’humanité – en tout cas sa composante britannique – de l’oppression.

Cette bizarrerie est l’aboutissement d’une histoire commencée il y a vingt ans, au temps de Margaret Thatcher, par la publication d’une bande dessinée dont les auteurs, Alan Moore (scénario) et David Lloyd (images), s’inquiétaient de la dérive autoritaire du régime conservateur. Malgré l’opposition de Moore, qui refusait de collaborer aux adaptations de ses oeuvres à l’écran, l’histoire a séduit Andy et Larry Wachowski, auteurs de la trilogie des films Matrix, dans laquelle un nombre conséquent de spectateurs ont vu une représentation et une analyse fidèles du monde tel qu’il était entre 1999 (sortie de Matrix) et 2003 (sortie de Matrix Revolutions – un terme cher aux deux frères).

Sans doute encouragés par cette adulation, les Wachowski ont voulu faire de leur adaptation de V pour Vendetta une mise à jour de leur travail. Ils ont écrit le scénario et assuré la production, laissant la réalisation à James McTeigue qui fut leur assistant. L’histoire inventée par Alan Moore devait beaucoup au 1984 de George Orwell. On y découvrait un royaume devenu république fasciste à la suite d’une catastrophe militaire.

Un vengeur, qui signe d’un « V » (comme vendetta), s’employait, seul, à détruire les symboles et les instruments du pouvoir. Moore l’avait dissimulé sous un masque à l’effigie de Guy Fawkes, qui, dans le monde réel, fut un catholique partisan de la monarchie de droit divin et tenta, en 1605, de faire sauter le Parlement. Cette Conspiration des poudres échoua et, depuis, le peuple anglais célèbre cette victoire sur le papisme en brûlant l’effigie de Fawkes.

INCOHÉRENCES

Le choix, par Alan Moore, de cette effigie plutôt que d’un quelconque Robin des bois tendait vers l’ambiguïté. A l’écran, elle devient incohérente, en vertu d’un prologue qui met en scène la Conspiration des poudres comme une brève épopée révolutionnaire. L’incohérence est la matière même du discours de V pour Vendetta. Car les Wachowski ont chargé leur scénario de références à la politique américaine : dans ce futur proche, les Etats-Unis ont été détruits de l’intérieur par une guerre civile, mais les petits travers que leur reprochent aujourd’hui les adversaires de l’administration Bush (fondamentalisme religieux, goût pour le divertissement vulgaire, homophobie, mépris de l’environnement) ont été exportés en bloc vers Londres. La mayonnaise composée d’une caricature des Etats-Unis d’aujourd’hui et de larges doses de totalitarismes à la façon d’Orwell ne prend pas.

Mais le terrorisme, ce sont des explosions et il y a bien longtemps que le cinéma de divertissement en tire le meilleur parti. De ce point de vue, V pour Vendetta ne déçoit pas : le spectacle de ce grand pantin omnipotent (sous le déguisement se cache l’acteur australien Hugo Weaving, qui fut l’agent Smith de Matrix ; on vous le dit parce qu’il n’y a aucune autre manière de s’en apercevoir), qui décime les légions du mal et maîtrise les technologies, est amusant, comme celui de tous les superhéros un peu originaux. Et pour le sentiment, il recueille une orpheline qui a les traits émouvants de Natalie Portman.

Elle s’appelle Evey, ce qui va bien avec V, et elle est pleine de doutes quant à l’utilité de faire sauter des bâtiments (le premier que l’on voit partir en éclats est le tribunal d’Old Bailey, le palais de justice londonien). Il faut que V déploie des trésors de séduction et de coercition pour la convaincre. Pour la séduction, il dispose d’une caverne d’Ali Baba dans laquelle il a recueilli toutes les oeuvres d’arts interdites par la dictature : un Coran calligraphié, des Rembrandt et le 45-tours de Cry Me A River par Julie London. On dirait un peu l’appartement du célibataire idéal telle que le chantait le magazine Playboy il y a un demi-siècle. Et pour la coercition, il a recours à des méthodes discutables, mais efficaces.

Ce processus, agrémenté de l’intervention de personnages secondaires conventionnels mais bien servis par leurs interprètes (Stephen Rea en policier intègre malgré tout, Stephen Fry en bouffon du régime qui cache un terrible secret), permet au film d’avancer bon train, aux bêtises qu’il véhicule de passer aussi vite que les poteaux le long d’une ligne de chemin de fer. Jusqu’au final promis dès les premières minutes, suffisamment évocateur pour laisser songeur un long moment.

 

Ma note : 17/20.

 

Merci Fred 😉

 

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