Vas-y Francky, t’es bon !

Yannick Noah

Chronique de Yannick Noah, extrait du Monde Sport & Forme.

L’autre soir, en regardant OM-Bayern à la télé, j’étais plutôt d’humeur chagrine. Pas parce que les Marseillais se sont fait taper mais à cause de la mine de Ribéry. Francky, le joyeux drille qui s’affiche en culotte de peau à la Fête de la bière, ressemblait plutôt à un clown triste. Il faut dire qu’à chaque fois que le pauv’ Franck touchait le ballon, il avait droit à une pluie de sifflets du Vélodrome.

Dès qu’il revient jouer en France, avec son club ou sous le maillot bleu, c’est la même punition : le public le charrie, la presse le tacle, il rate ses matches. Qu’est-ce qui s’est passé pour que le cht’i gars du Nord à la gueule cassé, le chouchou du Mondial 2006, devienne un pestiféré dans son pays ? OK, il a été pris dans les filets de Zahia – devenue, elle, une égérie de la mode parisienne -, mais au Bayern tout le monde était monté au créneau pour le défendre. OK, il y a eu l’épisode pas très glorieux du bus en Afrique du Sud, mais Abidal a été pardonné.

Ribéry, il a tout ce qu’on déteste en France : du pognon et une copine musulmane qui, ô sacrilège, l’a converti. C’est la cible parfaite. Il joue à côté de ses pompes, tout simplement parce qu’il ne se sent pas aimé. Ribéry, il joue bien quand il sourit. Sous son masque de farceur, c’est un hypersensible. La majorité des sportifs jouent à l’affect. On a beau dire que les footballeurs sont des mercenaires, qu’ils changent de club comme de chemise, que l’amour du maillot et du public, ça n’existe plus… Mais quand on est un sportif, même professionnel, on joue d’abord pour être aimé. Quand un mec marque un but, la première chose qu’il fait, c’est courir vers le public pour partager sa joie. Si Ribéry est au Bayern depuis 2007, ça doit bien être aussi parce qu’il se sent apprécié là-bas. C’est impossible de bien jouer quand il y a des ondes négatives autour de soi.

Car quoi qu’on en dise, quand on est sportif de haut niveau, on joue pour le public. Ce n’est pas un hasard si le seul tournoi du Grand Chelem que j’ai gagné, c’était à Paris. Roland-Garros était celui où j’étais le plus soutenu, c’est donc logique que j’y aie fait mes plus grands matches. C’est pareil en concert, mes plus belles soirées, c’est quand je suis branché sur les mêmes ondes positives que le public.

Puisque nous sommes en pleine campagne et que l’Euro et les JO arrivent, je voudrais faire, à ce stade de la chronique, une proposition à la fédé de foot et au Comité olympique : lancez des campagnes pour organiser l’amour autour de nos équipes ! Je veux bien me dévouer pour aller faire répéter les supporteurs au Stade de France afin qu’ils changent un peu de refrain. Parce que « Allez les Bleus ! Allez les Bleus ! », c’est un peu léger face aux chants des Britanniques ou des Espagnols.

Bon, avec les Bleus, y a encore du boulot. Faut dire qu’ils l’ont aussi un tantinet cherché. Et comme il n’y a pas vraiment de leader charismatique depuis la retraite de notre Zizou national, le public a un peu de mal à s’attacher. Benzema aurait pu tenir ce rôle, mais le gars n’est pas tout à fait un grand bavard.

Celui qui pourrait justement être la petite étincelle qui ranime la passion pour les Bleus, c’est Francky. Mais on sent bien que quelque chose au fond de lui est éteint. C’est peut-être au public de faire le premier pas pour ranimer la flamme. Si ça ne vient pas, Franck, viens à la maison, j’ai des bonnes bouteilles et même de la bière bavaroise.

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