Yannick Noah: « David, t’es où? »

Yannick Noah

Chronique du journal Le Monde du 10 Mars 2012.

Allez, je récapitule pour ceux qui n’auraient pas tout suivi. en novembre, c’était les élections en Espagne, c’était mon tour de tenir la plume dans le cahier « Sport & forme ». J’y faisais (entre autres) la réflexion que des sportifs espagnols (pas tous), suspectés de dopage, étaient (plutôt) épargnés par la justice.

Moi en revanche, je n’ai pas été épargné par les critiques. Dès le lendemain, tout le monde (pardon, beaucoup de monde) m’est tombé dessus pour me traiter d’irresponsable. Des espagnols bien sûr, mais aussi notre cher ministre français des sports ou encore ma fédé de tennis bien-aimée. J’explique à qui veut bien l’entendre que mon intention était de dénoncer le dopage et non de le légaliser, que le sujet mériterait mieux qu’une polémique à deux balles, je fais le dos rond et je laisse passer l’orage. Quelques semaines plus tard, voilà qu’Olivier Delaitre, un copain de l’équipe de France de tennis-si,si, il m’en reste quelques-uns-, m’adresse un texto: « T’as vu la déclaration du ministre espagnol? » Non, ne je n’avais rien vu venir. Je demande des précisions à Olivier qui m’envoie les propos du ministre de l’éducation, de la culture et des sports: « Nous avons un problème avec le dopage, c’est pour cela que nous allons essayer d’harmoniser la loi antidopage[sous entendu espagnol]. »

Wouahhhhhhhh, il envoi, José Ignacio Wert! Ce n’est pas un passing-shot de petit bras!

Après un coup pareil, je m’attendais à voir l’info à la « une » des journaux et à entendre l’extrait tourner en boucle à la radio. Mais rien ou presque. Je tweete un petit message à notre cher ministre: « David, t’es où? » A ce jour, je n’ai toujours pas eu de réponse. Là, j’avoue, j’ai du mal à suivre.

Côté espagnol, en revanche, ça s’agite depuis la décision du Tribunal arbitral du sport de suspendre deux ans Alberto Contador pour avoir un peu trop joué avec le clenbutérol. Le problème, dans cette histoire, c’est que nos voisins ibériques ont tendance à interpréter chaque sanction contre l’un de leurs champions comme une atteinte à la nation tout entière. Un sketch des Guignols sur Nadal, deux jours après la condamnation de Contador, et c’est la fédération espagnole de tennis qui menace d’attaquer Canal+ en justice. Eh, les gars, vous avez pourtant eu les Guignols de l’autre côté des Pyrénées, vous n’étiez pas au courant? Ça s’appelle de l’humour.

On a l’impression que les médias espagnols en font des tonnes sur l’épisode des Guignols. Les footballeurs du FC Séville aussi. Ils se sont offert un beau coup de pub en inscrivant sur leur maillot: « liberté, égalité, supériorité ». Franchement, qui s’intéresse au FC Séville? La dernière fois qu’il avait  fait parler de lui, c’était il y a vingt ans, lorsque Maradona, mon « idolo », avait rejoint le club après quinze mois de suspension pour…un contrôle positif à la cocaïne!

Les gars, je vous assure, ce n’est pas un complot contre l’Espagne. Et puis, désolé de vous le dire, mais il n’y a pas que vous sur Terre. Pendant ce temps-là, Lance Armstrong, le retraité du vélo, se débrouille plutôt bien au triathlon. An marathon aussi. Il y a quelques années, j’avais participé à celui de New York. Il fallait voir passer Armstrong, entouré de ses gardes du corps, hyperarrogant en dépit des casseroles qu’il traîne derrière lui. Mais Armstrong et le Tour, c’est encore une autre histoire.

 

 

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